‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 3)Chapitre 33 sur 1207 · VALEUR SPIRITUELLE DES LIVRES · texte numérisé non relu

VALEUR SPIRITUELLE DES LIVRES

veau Testament qui renferment la Parole divine : que vaut auprès d elle la parure matérielle dont elle peut être enveloppée ? En dédicace d’une de ses Bibles, Théodulfe écrit : « Ce livre resplendit au dehors par 1 enveloppe d’or, d’ivoire et de perles, mais combien plus splendide est l’honneur dont il brille au dedans » h

D’autres livres contiennent les leçons, oraisons, préfaces, canon de la Messe, hymnes, psaumes, antiennes, qui concourent à la célébration de l’office divin ; ces livres participent au respect religieux qui entoure les saints mystères.

En dehors de ces livres dont l’objet est sacré, l’immense majorité des autres ont pour objet la doctrine. Le rédacteur de l’inventaire de Saint-Riquier les appelle : « libri de divinitate ». De ces livres qui traitent du divin, comment évaluer le prix ? avec quelle zèle ils seront recherchés par une pieuse communauté ! Rédigeant, vers le milieu du IXe siècle, le catalogue des livres que son monastère possède, un moine de Murbach, après avoir fait mention de quelques ouvrages de Prosper d’Aquitaine, ajoute : « nous recherchons avec un soin qui dépasse tous les autres, ses autres livres si pleins de suc » 1 2. Au XIe siècle, le moine de Saint-Vaast d’Arras, Rodolphe se réjouit d’avoir pu copier le Commentaire de saint Jérôme sur les Psaumes, car ce livre, écrit-il, est plein des enseignements du Ciel 3.

Dans les églises des Gaules renaît, au IXe siècle, la spéculation théologique. Elle prend surtout la forme d’une interprétation et d’une compilation des textes des Canons et Décrétales, des écrits des Pères, et des divers livres de l’Ancien et du Nouveau Testament. Les ouvrages théologiques et canoniques du IXe siècle, ceux d’Hincmar, de Florus, d’Agobard, de Jonas, de Raban Maur, voire même ceux du pseudo Isidore etc, ne sont guère qu’un tissu d’extraits des Saintes Écritures des saints Canons et des Pères. C’est en alléguant des textes qui font autorité, en multipliant les citations scripturaires, patristiques et canoniques, que les écrivains de ce temps et les évêques assemblés en synodes établissent la doctrine et le droit ecclésiastique. De quel prix

1. « Splendidiore tamen intus honore micat » (Theod. carm., 41, Poetae lat., I, 539 ; cf. plus haut, p. 9, n. 3).

2. « ceteros ejusdem luculentos libros summo studio querimus » (Bloch, E in karoling. B. Katal. aus Murbach , dans Strassburger Festschrift deutscher Philnlogen, p. 268).

3. B. Arras, ms. 530 : « Conscripsi librum caelesti dogmate plénum ». (Calai, B. Dépts, in-40, t. IV, p. 210).

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