SERVICES ATTENDUS DES LIVRES
sont les livres qui mettent à la disposition des polémistes les ouvrages des Pères, les Canons et Décrétales.
L’intérêt des ouvrages d’histoire ecclésiastique et d’hagiographie est aussi de caractère strictement religieux ; ces livres sont destinés à édifier plus qu’à instruire et leur prix essentiel procède de leur valeur morale.
Les autres livres que possèdent les églises, font, surtout aux yeux du clergé et des moines, figure de serviteurs de la science sacrée ; les livres de grammaire et tous ceux qui sont consacrés aux Arts Libéraux sont essentiellement destinés à donner aux jeunes clercs et novices l’indispensable éducation qui leur permettra de lire et de comprendre les Saintes Écritures, les livres de l’autel et du chœur et les ouvrages « de divinitate ». L’objet des livres « de arte », qui est de servir à l’enseignement réfugié dans les cloîtres, reste indirectement religieux.
Parmi eux, il en est qui demeurent d’un intérêt pratique, même pour d’autres que les écoliers ; tels les livres de comput, de musique et il n’en est fait usage qu’à des fins ecclésiastiques, les livres de médecine, ceux de sciences naturelles, les traités d’architecture, d’arpentage, d’agriculture, de technique des arts manuels, les manuscrits renfermant les lois romaines, barbares ou les Capitulaires. D’un ordre moins élevé, le souci des besoins profanes et matériels que peuvent servir les livres n’est pas étranger à l’estime et à la recherche qui en sont faits.
A côté des livres, sont conservés les précieux documents, chartes, polyptyques, privilèges qui établissent les droits de l’église et en permettent la défense. Dès le IXe siècle, ces pièces d’archives, vraies ou fausses, remplissent des compositions historiques et des cartulaires qui prennent place dans la bibliothèque. Le prix de tels livres est pour l’établissement intéressé d’un ordre qu’il ne tient pas pour mesquin.
Une peu nombreuse élite du clergé et des moines a goûté aussi alors la beauté littéraire de certains ouvrages. Il n’est pas douteux qu’un Loup de Ferrières 1 et peut-être, comme lui, outre les Scotti lettrés qui enseignent sur le continent 2,
1. On verra plus loin l’active recherche faite par Loup des classiques et le souci qu’jl a de se procurer les meilleurs textes. Sur les corrections faites de sa main et les copies exécutées par lui, cf. Beeson, Lupus of Ferrieres as scribe and text critic.
2. Sedulius Scottus connaît et utilisela Rhétorique ad Herennium, plusieurs ouvrages de Cicéron (de Inventione, pro Flacco, pro Fonteio, les Philippiques, in Pisonem, les Paradoxa, les Tusculanes), Maerobe, Frontin, Végèce, Valère Maxime ; cf. Heilmann, Seduliuz Scottus, p. 102. Sur Jean Scot, cf. Rand, Iohannes Scottus.