LA BEAUTÉ LITTÉRAIRE EST-ELLE GOÛTÉE
un Héric 1 et un Remi 2 d’Auxerre, un Milon et un Hucbald à Saint-Amand, un Micon à Saint-Riquier, un Gerbert à Reims 3 n’aient été sensibles à la forme, à l'élégance du style. Loup recherche évidemment pour eux-mêmes les chefs-d’œuvre de l’antiquité classique et non pas dans le seul intérêt grammatical que peut concevoir un simple écolâtre. Mais ce n’est pas le goût littéraire, pas plus qu’une curiosité scientifique détachée de la doctrine religieuse, qui préside à la formation des bibliothèques ecclésiastiques et monastiques et fait apprécier par la plupart des prélats et par les communautés la valeur des livres.
Observons enfin que sitôt après le réveil des études, le petit nombre des livres en accroît le prix. Même lorsque les manuscrits, rares au VIIIe siècle, ont commencé à se multiplier, grâce à l’activité des scriptoria, le livre demeure encore un article peu abondant, très demandé et par conséquent de grande valeur. Le trésor des églises est longtemps mieux pourvu en pièces d’orfèvrerie, en vêtements précieux qu’il ne l’est en livres. A mesure que leur nombre s’accroît, la curiosité et l’avidité des collectionneurs grandit.
Ainsi, pourvus ou non d’une somptueuse reliure, richement enluminés ou privés de toute décoration, soigneusement exécutés en onciale, en minuscule Caroline, ou écrits en cursive sans élégance, tous les livres sans exception, expression de la science divine ou préparation à cette sciencp, nourriture spirituelle de l’esprit, avec 1 petit nombre de ceux qui forment un répertoire des connaissances utiles, tous représentent, au regard des moines et des clercs, une indispensable part du trésor ecclésiastique.
1. Ses vers (Vita s. Germani) et gloses montrent qu’il connaissait Cicéron, César, Virgile, Suétone, Pétrone, Lucain, Térence, Juvénal, Perse, Horace. Il serait le premier en France à avoir subi l’influence des Odes d’Horace (cf. Rand, Ioh. Scoltus, p. 16). Voir plus loin B. Auxerre.