CHAPITRE III
Le reliquat des livres d’âge antérieur au VIIIe siècle.
Au début de l’époque carolingienne, les églises et les monastères de l’ancienne Gaule souffraient d’une grande pénurie de livres. Ceux qui se préoccupent après la réforme de l’Église franque d’assurer aux communautés ces précieux instruments de vie intellectuelle et spirituelle, gémissent d’en trouver si peu sur place. Alcuin écrit à Charlemagne qu’a Tours il n’a pas rencontré les délicieux livres de sciences dont il disposait dans sa patrie ; il lui demande permission d’envoyer quelques-uns de ses « pueri », afin qu’ils rapportent en Francia les « flores Britanniae » et que les vergers de la Touraine puissent rendre les mêmes fruits paradisiaques que les jardins d’York 1. A en croire Ratpert, il y eut au monastère de Saint-Gall extrême pénurie de livres, jusqu’au temps de l’abbé Gozbert (816-836) 2. Fréculplie, évêque de Lisieux, écrit à Raban Maur qu’il est loin d’avoir abondance de livres (nulla nobis librorum copia). Son eftiscopium ne possède même pas les livres canoniques de l’Ancien et du Nouveau Testament ; à plus forte raison il ne dispose d’aucun commentaire 3.
Il est probable qu’au temps où saint Boniface trouvait l’Église des Gaules foulée aux pieds et spoliée (calcata et