ROULEAUX, FEUILLETS, CAHIERS
général réservés à des usages particuliers, auxquels cette forme s’adaptait mieux que celle du « volumen ». La bibliothèque de Reichenau possédait une carte (mappa mundi), établie sur deux rouleaux h Des litanies peuvent être aussi dressées sur un rouleau 2. Il en était peut-être de même de tables de comput et de tableaux de nombres, « abaces », que signalent des catalogues de bibliothèque 3. Ceux-ci étaient quelquefois eux-mêmes établis sur des « rotuli » h Des lettres sont expédiées et de courtes compositions produites sous forme de rouleau (rotula) 5. Les enquêteurs dressaient aussi, sur des rouleaux, des brefs de polyptyque 6 ; mais des brefs et des lettres constituaient plutôt des pièces d’archives que des livres. Si les miniatures du temps font apparaître des rouleaux 7, c’est peut-être, en raison de la tradition iconographique de l’antiquité, qui avait connu les livres sous cette forme, désormais abandonnée.
Les livres que renferment les bibliothèques du VIIIe au XIIe siècle, sont constitués par des feuillets de parchemin, qui ont été réglés, puis pliés en cahiers, avant d’être mis aux mains des scribes. Ceux-ci remplissent non pas un manuscrit d’un seul tenant, ni chaque feuille séparément, mais des séries de cahiers.
Le plus ordinairement, on l’a vu, quatre feuilles ont été pliées ensemble, pour former un quaternio qui comporte huit feuillets avec seize pages. On constituait aussi parfois un binio, un ternio, un quinio 8. Quand fous les cahiers nécessaires à la transcription d’un ouvrage, confiés à un seul scribe, ou répartis entre plusieurs, ont été dûment remplis, ils reviennent aux mains du chef d’atelier pour être vérifiés avant l’assemblage.
r. Lehmann, Mittelalterl. Katal., 49. P- 248. On peut conjecturer que la « mappa mundi » signalée par un catalogue de S. Gall (Becker, 15, art. 420), était établie aussi
sur des rouleaux.
2. C’est le cas des longues litanies, dites de Louis le Germanique, conservées a Francfort, sur un rotulus provenant de Lorsch (cf. M. Coens, Anciennes litanies des saints, dans Anal. Bolland., 1936, p. 6).
3 Parmi les livres de l’abbé Rostaing figurent un « Numerus abbaci » — « Tabulant abbaci » (Bible de Nevers, Brit. Mus. Harl. 2790, f" 262, v° ; éd.Boutillier, p. 226).
4. C’est le cas à Murbach, à Reichenau, voir plus haut, p. 294 et plus loin B. de Murbach, de Reichenau. Des cataiogues d’abbés sont dressés aussi sur des rouleaux. Le Breviarium de S. Gall signale une liste des abbés de Reichenau « in I rodulo >
(Becker 23, 411, p. 53)- • , . .
5 Hincmar de Laon a fait parvenir à Hincmar de Reims, une « prolixissima rotula » (Migne, CXXVI, 501, 567, 582, 623). Hincmar de Reims parle d’un « sermo » de Florus « in ilia rotula seriptum quam de Heriboldo accepimus » (Préface du « De praedestin. », Migne, CXXV, 56).