MANUSCRITS RAPIDEMENT EXÉCUTÉS
à mesure qu’avançait le travail de composition et elle était terminée presque en même temps. Odon de Cluny raconte que, sitôt après la Saint-Martin du il novembre, l’abbé Bernon lui a intimé l’ordre de se rendre auprès de l’évêque de Limoges, Turpion et ne lui a donné que quinze jours pour composer les « Collationes » que cet évêque attendait L Odon a saisi aussitôt les tablettes, et tout était prêt quand la rigueur d’un hiver hâtif décida l’abbé à retarder le voyage de l’auteur, qui put ainsi ajouter un second 1 2, puis un troisième livre à son ouvrage. La composition et la transcription ont été simultanément et rapidement faites.
Une simple copie était parfois exécutée très vite. Un exemplaire d’un traité d’Alcuin a été, sous ses yeux, transcrit en toute hâte pour être envoyé à Arn 3. Le scribe Dubthach, qui a exécuté un manuscrit de Priscien au Xe siècle, prie le lecteur d’excuser la mauvaise écriture, car il a écrit en si peu de temps ! 4 C’est évidemment pour réduire la durée d’exécution d’un livre que la tâche était répartie entre plusieurs et parfois un grand nombre de scribes, qui en écrivaient simultanément un ou plusieurs cahiers 5.
Le temps nécessaire à l’exécution d’un manuscrit par un seul scribe est nécessairement proportionné au nombre de cahiers qu’il contient, au soin apporté au travail et enfin à l’activité de l’exécutant. C’est sans doute d’un tour de force que se vante Wandalgarius qui, en 793, a commencé à transcrire la loi Salique le 30 octobre et deux jours plus tard le Ier novembre achevait d’y ajouter la loi des Alamans 6. En 823, à Francfort, le Commentaire de saint Augustin sur les Épïtres à saint Jean a été écrit en sept jours et a été corrigé le huitième7 8. Le manuscrit comprend 109 feuillets de 20 lignes par pages. Si les deux scribes qui l’ont exécuté ont apporté collaboration égale, chacun d’eux a écrit 30 pages par jour s. En Irlande, les Évangiles de Durrow ont été écrits en douze jours par Columba, qui a dû remplir 20 à 30 pages par