SIGNES CRITIQUES
dans la marge en notes tironiennes 1 et le correcteur y ajoute aussi à l’occasion ses observations 2.
Quand la comparaison du manuscrit qui subit la correction avec un autre, fait apparaître d’autres leçons, si au sentiment du correcteur, celles-ci sont incontestablement meilleures, il les substituera à la leçon fautive de son manuscrit, suivant l’un de ces mêmes procédés. S’il y a doute et que la leçon fournie par un autre exemplaire lui paraît digne d’attention, il la fera figurer, soit en marge, soit entre les lignes, avec le signe a, al, s, ou le signe tironien h qui signifie alibi, alias, aliter, ou sive 3. Quelquefois aussi, la variante est indiquée par les formules «sicut abus codex habet4 — velut inaliocodice — in alio codice ita » 5.
Dans bien des cas, le correcteur n’éprouve aucune difficulté à faire immédiatement la correction ou l’addition nécessaire. Il en est ainsi quand il s’assure uniquement de la fidélité de la transcription, quand il applique simplement les règles de la ponctuation, de l’orthographe et de la grammaire, quand il s’agit d’emprunter à un autre exemplaire une leçon meilleure ou une variante digne d’être retenue. Mais parfois aussi, des passages du texte qu’il revoit mettent le lecteur dans l’embarras. Pour ne pas interrompre sa lecture, alors que la correction demande un examen spécial, ou parce qu’il n’a pas les moyens de corriger une faute certaine, il marque souvent d’un signe apposé dans la marge les passages suspects 6. C’est tantôt le signe Z, c’est-à-dire en grec zeteon (à rechercher). Paul Diacre écrit à Adalhard qu’il a corrigé la plupart des lettres de Grégoire qu’il lui envoie, à l’exception de quelques passages qu’il a notés d’un zêta «quod est vitii signum»7. Le reviseur inscrit aussi en marge le signe q ou r, c’est-à-dire quaere, require, requirendum 8. Ekkehard IV de Saint-Gall, corrigeant, au
1. Le ms. 75 de la B. de Cologne, du VIIIe siècle, porte au f° 192, au regard du texte « vitulos sugentes », en marge en notes tironiennes : « per duo g debet scribi ». Cf. Schmitz, N. Archiv, XI, 115. Plusieurs autres variantes et corrections eu tironiennes sont signalées par Jaffé Watt, à l’Append. IX du Catalogue, p. 1-12. Wattenbach (Dus Schriftwesen, p. 326, n.4) cite plusieurs exemples de ces notes tironiennes.
2. Sur un ms. d’Alcuin du IXe siècle (B. Vat. Regin. i209)exécuté par deuxscribes en minuscule anglo saxonne, le correcteur a écrit en marge du f° 83 : «cartule haec torto scribebat » (Lindsay, Notae lat., 482).
3. Ainsi sont indiquées les variantes dans les Bibles de Théodulfe, plus haut, p. 4 1 7-
4. Oxford Bodl. Libr. Laud. mise. 139, Lindsay, Collect., p. n.