LIVRES SAINTS ET LIVRES LITURGIQUES DE SAINT-MARTIN
propre à chacun d’eux, mais du scriptorium incomparablement plus actif de Saint-Martin et par conséquent la collection de livres de ce monastère en a dû renfermer le modèle. Il est remarquable qu’un traité de saint Augustin a été reproduit, à la même époque, à la fois dans un manuscrit appartenant à Marmoutier et dans un autre provenant de Saint- Gatien 1. N’est-il pas vraisemblable que l’archétype ou une troisième copie figurait parmi les livres de Saint-Martin ?
On pourrait croire que la basilique de Saint-Martin n’a gardé pour elle aucun de s Évangiles et Bibles de grand luxe, chefs-d’œuvre que le scriptorium du monastère a répandus si nombreux au dehors ; les exemplaires qu’a pu retenir la communauté n’ont pas subsisté. Le monastère a pourtant certainement possédé une importante collection de textes de l’Écriture Sainte et de livres liturgiques. Nous conservons en provenance de Saint-Martin l’Octateuque du VIIIe siècle 2, les Évangiles contemporains d’Alcuin sur lesquels les rois de France prêtaient serment et les Évangiles dont l’ornementation décèle l’influence du style franco-saxon. Quant aux Évangiles dits de Lothaire, nous savons qu’ils furent commandés par cet empereur pour être offerts à Saint-Martin3. On garde un fragment d’une Bible du XIe siècle qui appartint sûrement au monastère 4, ainsi sans doute qu’un exemplaire du livre de job du Xe siècle 5. Il subsiste aussi deux Missels de Saint- Martin du XIe siècle 6. Le monastère a dû posséder un Lec-
1. L’Exposiiio in Johannem d’Augustin est conservée clans deux mss. du XL5 siècle de la B. de Tours (290 et 293), l’un provenant de Marmoutier, l’autre de Saint- Gatien, Ranci nos 215-6.
2. B. Tours, ms. 10, Rand, n° 17. Il faut sans doute l’identifier avec la Bible jusqu’au livre de Ruth, vieille de 800 ans, qu’inscrit Mautfaucon au n° 15 1 du catalogue qu’il insère dans la B. B., II, 1339.
3. B. Tours, ms. 22, Rand, n° 23 ; ms. 23, Rand, n° 149 ; B. N. lat. 266, Rand, n° 119. Voir plus haut, p. 144, 140, 185-6.
4. Isaïe, Ép. s. Paul, B. N. lat. 9553, Rand n° 222. S. Berger (H Vulg., 83-4) croyait à l’origine tourangelle de deux mss. du IXe siècle des Livres Sapientiaux (B. N. at. 112-3) dont le texte trahit un modèle espagnol.
5. Un fragment subsistait encore en 1807 de ce ms. décrit dans les papiers de Bréquiguy (L. Deiisle, Ms. perdus , n° II, p. 170-1). Le ms. 18 de la B. de Tours du XI s., provenant de Marmoutier, renferme deux versions différentes du livre de Job.
6. B. Metz, ms. 1157 ; B. N. lat. 9434. M. Rand ne signale pas le ie et attribue le second à Saint-Gatien ; mais, l’examen du contenu par M. Leroquais (Les sacram., 56, p. 134 ; 63, p. 148-51) prouve qu’ils ont été à l’usage de Saint-Martin.