DURÉE DE LA PERIODE ALCUINIENNE
l'abbatiat de Frédégise, s'étendre peut-être jusque vers 820. C'est vers cette date seulement, nous le verrons, que se fait sentir la coupure entre la i'"^ et la 2^ époque de la calligraphie et du style ornemental à Saint-Martin au IX® siècle 1.
§ 5. — Les scribes tourangeaux
Le scriptorium de Saint-Martin, telqu'il fonctionne au temps d'Alcuin et après lui, a eu certainement des maîtres et chefs d'atelier. L'unité de direction s'affirmera de plus en plus au cours du IX® siècle par la distribution du travail entre de nombreux scribes et enlumineurs, l'ordre qui règle la disposition des titres et des textes, par la substitution qui s'opère peu à peu d'une écriture unique, écriture type de l'atelier, aux écritures individuelles facilement reconnaissables des premiers temps, par l'unité de facture du livre, l'uniformité du style calligraphique et ornemental des manuscrits de même âge, par l'inspiration puisée aux mêmes modèles pour leur décoration. Mais on ne peut le plus souvent percer en aucune manière l'anonymat de ce maître.
Les noms d'un certain nombre de scribes au contraire sont conservés, grâce le plus souvent au soin pris, soit par le directeur de l'atelier d'inscrire sur chaque cahier d'un manuscrit le nom du scribe qui l'a copié, soit par le scribe lui-même d'apposer sur son œuvre sa souscription. Le plus grand nombre d'ailleurs des travailleurs sont restés anonymes.
La plupart des noms des scribes qui nous sont connus se retrouvent dans une liste des religieux de Saint-Martin dressée vers 820, sous Frédégise (806-834), lequel figure en tête avec sa qualité d'abbé, pour être communiquée aux moines de Saint- Gall, en raison des liens de confraternité qui unissent les deux communautés 2. Cette liste, qui comprend 219 noms, paraît avoir été établie suivant l'ordre d'ancienneté. Si toutefois, en général, les premiers sont les plus âgés et les derniers les plus jeunes, la date de profession donne sans doute souvent
1. Sur ces conclusions sont d'accord MM. Rand, Kôhler et dom Wilmart.Ce dernier (Mss. de Tours copiés vers le temps d'Alcuin, p. 44, 50) tient le ms. de la B. N. 1451 (lequel n'est pas sûrement tourangeau) pour exécuté déjà en 796, avant l'arrivée d'Alcuin à Tours, et ne date expressément du temps d'Alcuin, vers l'an 800 (p. 52- 4), que le ms. de Londres Harley 2793. M. Rand a précisé les dates de la période alcuinienne qu'il fait déborder jusque vers le milieu de l'abbatiat de Frédégise, dans son article A Supplément onDodaldus, dans Spéculum^ VI, 1931, p. 594,-9-