HILDUIN ET LE « SCRIPTORIUM » DE SAINT-DENIS
maître, Wandelmar, qui l'en savait capable (quia me sciolum putabat), de déchiffrer un manuscrit fort maltraité de la vie de saint Sanctinus, dont les lettres étaient presque effacées, et d'en mettre au net la transcription (ad transcribendum aperte) sur du nouveau parchemin. Il en aurait exécuté pour lui-même un autre exemplaire (exemplar eorum quod mihi retinui), qu'il offrit plus tard à Charles le Chauve ^ Ne serait-ce pas le même Hincmar qui, pendant son séjour à Saint-Denis, aurait composé les Gesta Dagoberti et les Miracitla sancti Dionysii, dont certains traits présentent analogie avec la vie de saint Rémi qu'il a plus tard écrite à Reims '^.
Dans tous les cas, ces deux ouvrages sont certainement sortis du scriptorium dionysien au temps d'Hilduin. Le second livre des Miracles ne rapporte que des faits survenus sous son abbatiat, et a été écrit en 835 ou 836 ^, à l'invitation de Samuel moine de Saint-Denis *, dont le nom se retrouve dans la liste des membres de la communauté dressée en 838 ^, et qui peutêtre était alors le directeur du scriptorium.
L'abbé Hilduin s'est intéressé à l'exécution dans le scriptorium du monastère de livres liturgiques à l'usage de sa communauté. Avec l'appui de saint Denis, pour obéir aux ordres agréables de son père et maître Hilduin (patris Hiltwini et domini dulcia jussa sequens), un moine du nom d'Otfridus a écrit la série et somme des livres divins, à savoir un Lectionnaire (quod Comitis fertur nomine) et l'a offert en don à saint Denis ®.
Au scriptorium du monastère ont été écrits aussi les règlements administratifs qu'Hilduin a pris au sujet des biens et revenus assignés à ses religieux. Là il a écrit ou fait écrire ses œuvres d'ordre historique ou théologique. Sur l'ordre de Louis le Pieux, il s'était occupé de traduire en latin le manuscrit de Denys l'Aréopagite que le basileus Michel avait fait offrir» à Louis le Pieux en son palais de Compiègne en septembre S27, et que la veille de la fête de Saint-Denis, le 8 octobre de la
1. A. S. Oct. V, 587. Le récit est suspect, car la vie de saint Sanctinus, telle qu'Hincmar l'adresse au roi, est brodée sur la légende de Denis l'Aréopagite mise en circulation par Hilduin.
2. Cette hypothèse a été présentée par M. Levillain, Etudes sur l'abbaye S. Denif;, B. Ec. Chartes, 1921, p. 88-11.4.