APPORTS DE L'ÉTRANGER EN LIVRES, EN SCRIBES
scribes. Les livres que ces étrangers écrivent ne se distinguent pas toujours aisément de ceux qui ont été appoités de leur pays et dont l'écriture est la même. Un étranger qui écrit dans un scriptorium de l'ancienne Gaule peut sans doute prendre d'un manuscrit local une copie dont l'écriture sera celle de son propre pays, mais le plus souvent sans doute son travail suppose un archétype apporté par lui de sa patrie.
Des pays étrangers à la Francia l'apport consiste donc aussi en manuscrits exécutés sur place par un Scot, un Anglosaxon, un Italien, un Espagnol, soit que pèlerin de passage, il reconnaisse l'hospitalité qui lui est donnée en copiant pour ses hôtes un livre qui, peut-être, figure dans son bagage, ou en dirigeant l'exécution d'une copie faite par un scribe de l'établissement, soit que lui-même ait pris la qualité de membre à demeure de la communauté ou de prélat de l'église. A cet égard, un Alcuin, un Théodufe, un Agobard, ont fait plus sans doute par leur influence personnelle sur le développement des scriptoria dont ils ont exercé le gouvernement, que les livres qu'ils ont pu faire venir d'Angleterre ou d'Espagne. L'apport des pays étrangers s'opère sous ces deux formes : apport en livres, apport en scribes.
§ I. — L'apport irlandais.
Avant même que commençât en Francia la renaissance des lettres, l'Irlande fournissait des manuscrits et aussi des scribes aux églises et monastères du continent, à la faveur des pérégrinations des moines scots et des fondations de monastères dont la Gaule mérovingienne leur est redevable. L'influence irlandaise a continué de se faire sentir aux VIII® et IXe siècles, particulièrement dans les monastères créés par les Scotti. Même longtemps après leur création, ces maisons gardent des relations avec l'Irlande. Tels en Gaule Péronne, Fosses, Luxeuil, Saint-Gall, en Italie Bobbio et les monastères qui, comme Corbie, sont issus de l'un d'eux. Soit par le rayonnement qu'exercent ces anciennes colonies irlandaises, soit par l'action sans cesse renouvelée de « peregrini )) scots, qui n'ont pas cessé de visiter le continent, un très grand nombre d'églises et de monastères, sauf dans le Midi de l'ancienne Gaule, ont gardé dans leurs bibliothèques des manuscrits qui portent la marque d'une provenance ou d'une influence irlandaise.