AFFAIBLISSEMENT DU POUVOIR ROYAL
ment progressif, une sorte de dégradation qui, dans la plupart des cas, lui donne un caractère purement théorique ; finalement il s'évanouit. Les seigneurs laïques ne recueillent pas au reste tout ce qui échappe à la royauté. La féodalité ecclésiastique naissante a saisi sa part ; l'Église, qui se taille ainsi sa place dans l'organisme social nouveau, tend aussi à s'émanciper vis-à-vis des pouvoirs séculiers et obtient, dès le Xe siècle, à cet égard, des succès qui présagent et préparent ceux des hardis réformateurs de l'âge suivant.
C'est dans les monastères que le pouvoir royal est, semblet-il, le plus gravement atteint, que s'étend le plus largement la mainmise des grandes maisons seigneuriales. D'autre part, l'esprit réformiste à cet âge exerce presque exclusivement son action sur l'institut monastique. Vis-à-vis de maintes abbayes le pouvoir royal a fait place, au cours du Xe siècle, à celui du seigneur laïque ou ecclésiastique, puis avec l'assentiment, souvent sur l'initiative même du seigneur de l'abbaye, celle-ci s'affranchit, dans une mesure qui varie, du pouvoir séculier.
i. — Abbayes demeurées au pouvoir des rois
Le nombre des abbayes dont disposent encore effectivement les derniers Carolingiens apparaît fort limité au Xe siècle. Dans la contrée où leur influence s'est le plus longtemps maintenue, on voit Louis IV à Laon enlever, en 951, l'abbaye Notre- Dame à sa mère pour l'attribuer à sa femme, Gerberge 1. Les fils d'Herbert de Vermandois ont restitué à ce roi Saint - Crépin de Soissons usurpé précédemment par eux ; Louis en confie la garde à Renaud 2. Au voisinage de la Loire, les derniers Carolingiens confèrent encore l'abbaye de Saint-Benoît de Fleury, dont les Capétiens recueilleront après eux la disposition 3. Dans les pays du Nord, c'était encore à titre de
1. Flodoard, Ann. 951 : « abbatiam sanctae Mariae quam ipsa Lauduni tenebat, recepit et Gerbergae uxori suae dédit ■ (p. 132) ; cf. Richer, Hist.,l],ioi,SS, III,
2. 944 : « Castrum... Montiniacum... quod erat ex abbatia Sancti Crispini, quam dudum (Ludowicus rex) receperat, reddentibus eam sibi filiis Heriberti (t 949)> et Ragenoldo dederat » (p. 91). Les fils d'Herbert ont rendu Vabbatia, mais ont gardé un castrum qui en faisait partie. Au cours de l'année 944, les seigneurs de Vermandois pillent Vabbatia de Saint-Crépin qu'ils avaient rendue, tandis que l'abbé laïque Renaud pille Vabbatia de Saint-Médard que détiennent ses adversaires (p. 93> cf. Hist. IV, SS„ XI H, 583).
3. Lothaire donne l'abbaye à Amaubert, puis à Oilbod (cf. fasc. 2, Le droit du roi, 12s, n. 3), bien que Fleury soit sis dans le duché des ducs de Francia (cf. F. Lot, Les derniers Carol., 171). A la mort d'Oilbod, Abbon est élu « Hugone annuente rege » (Mirt S. Bened., III, 1, éd. de Certain, 127 ; cf. Vita Abbonis, 7, Migne, CXXXIX,