‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 1025 sur 1164 · SEIGNEUR SOUVERAIN DE L'ABBAYE · texte numérisé non relu

SEIGNEUR SOUVERAIN DE L'ABBAYE

une dépendance non moins étroite et dont ils se considèrent comme propriétaires et souverains, comme l'était précédemment le roi. Un abbé de profession monastique ou un recteur séculier les tient de leur libéralité. Les seigneurs du Vermandois, abbés à Saint-Quentin, à Saint-Médard, ne le sont ni à Notre-Dame de Soissons, ni à Homblières et ils cèdent ces monastères en bénéfice 1. Les ducs de France réglementent l'administration de Saint-Riquier, où pourtant un abbé est établi sous eux, comme ils le feraient dans les monastères dont ils gardent Yabbatia 2. Des maisons souveraines ont peut-être fait fi des fonctions abbatiales pour s'établir exclusivement sur le terrain de la propriété et de la souveraineté. Le duc de Haute-Lorraine, Frédéric 1 a mis Saint-Mihiel sous son dominium et il est le senior des moines et de leur abbé régulier 3 ; il exerce domination sur Saint-Martin de Metz que gouverne l'abbé Bérard 4. De Moyenmoutier et de Saint-Dié, dont il dispose aussi, il n'a certainement pas retenu Yabbatia en ses mains, s'il l'a jamais occupée 5.

i. C'est d'Albert de Vermandois que Gerberge, femme de Louis IV, tient en bénéfice Notre-Dame de Soissons (Charte d'Albert, 25 avril 959, H F, IX, 665). Ybert tenait d'Albert le monastère d'Homblières en bénéfice (plus haut, p. 5, n. 2).

2. Après la mort de l'abbé Carloman (880), Saint-Riquier, suivant Hariulf, eut pour abbés Héribertus, Hédénoldus, Hugues (l'abbé ?) et Gérard (Chron. Centul. III, 20, éd. F. Lot, 140). Vraisemblablement, il faut placer à leur suite les comtes, de Montreuil Helgaud (t 926) et son fils Erluin (f 945), qu'Hariulf intercale parmi les comtes abbés du IXe siècle, après l'abbé Rodolfe (III, 10, p. 117). L'abbaye est sans doute après la mort d'Erluin en la main d'Arnoul le Vieux, comte de Flandre, qui fait transporter le corps de saint Riquier à Montreuil, puis à Saint-Bertin (« agente comitis Arnulfi potentia », 22 p. 152). Après la mort d'Arnoul le Vieux, l'abbaye passe aux ducs de France. En 974, le roi Lothaire confirme à la mense conventuelle, à la prière du duc Hugues, les villae ajoutées par le duc aux stipendia des moines (Halphen, Rec. actes Loth., 36, p. 89). Le duc des Francs qui remanie, la mense des moines a évidemment autorité sur eux et néanmoins il n'est pas dit leur abbé. Hariulf connaît en effet deux abbés, le clerc Gerbert, puis Fulchéricus (21, 22, p. 149-51) qui précédèrent l'abbé réformateur Engelard, établi par Hugues Capet à Saint- Riquier (24, p. 157) et qui sont par conséquent des contemporains d'Arnoul le Vieux et d'Hugues le Grand. Maître de l'abbaye, l'un ou l'autre l'a cédée sans doute en bénéfice à ces deux abbés. Hugues Capet, soucieux de réformer la communauté, en donne le gouvernement au moine de Corbie Engelard (23, p. 154) et fait opérer, en 980, la translation du corps du saint de Saint-Bertin à Saint-Riquier (24, p. I55-/)-

3. Chron. de Saint-Mihiel : « domino sue. eam subjugavit » (éd. Lesort, 11) ; Charte du 8 sept. 962 : « Ego Fridericus... dux Lothariensium et senior monachorum sancti Michaelis et familiae ejusdem potestatis » (27, p. 120). En 972, l'abbé de Saint-Mihiel, Eudes cède un bien à cens avec le consentement de l'avoué duc « senioreque nostro », Frédéric (30, p. 131). M. Parisot (Les origines de la H. Lorraine, 242) croit pouvoir ranger Saint-Mihiel parmi les biens patrimoniaux de la maison ducale.

4. Une charte du 24 févr. 965, suspecte, mais dont M. Parisot estime qu'on peut admettre les renseignements (Les orig., 250 et App. IV, p. 491), signale le consentement donné par Frédéric I, « qui eidem monasterio dominari videtur, » à un échange fait par l'abbé Bérard (Hist. de Metz, III, Pr., p. 66).

5. Suivant l'abbé Jérôme, l'abbaye de Moyenmoutier, jadis royale, est devenue

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