ABBATIA » ET SOUVERAINETÉ
Tôt ou tard, dans presque tous les cas, le grand seigneur qui retenait la qualité d'abbé l'abdiqua pour prendre, vis-àvis de l'abbaye cédée par lui à un autre, l'attitude d'un souverain. Guillaume II le Jeune s'est démis de Yabbatia de Saint- Julien de Brioude en faveur de son frère Acfred et d'autre part quand celui-ci devient comte d'Auvergne après la mort de Guillaume, c'est dès lors le vicomte de Brioude qui exerce à Saint-Julien les fonctions d'abbé. Mais si les titulaires du comté d'Auvergne ont désormais renoncé à la charge d'abbé de Saint- Julien 1, ils exercent sur l'abbaye autorité et droits de souverain et c'est eux vraisemblablement qui la confèrent au recteur 2. Tandis que Foulques le Bon, comte
ducale dès la fin du IXe siècle (Uabbaye de Moyenmoutier, 163). Les abbés Amard et Gilbert s'y succèdent sous l'autorité du duc Frédéric (164-5). L'abbaye était encore royale en 896, puisqu'à cette date Zwentibold l'attribua en bénéfice au comte Hillin (Lib. de s. Hild. suce, 6, S S, IV, 8g ; Richer, Gesta Senon eccl., II, 7, S S, XXV, 273). M. Parisot estime que l'abbé Gilbert est le frère de Frédéric et que celui-ci lui succéda comme abbé de Moyenmoutier (Les orig. de la H. Lorr., 253), qu'en définitive, avant la réforme, Frédéric I est par le don de l'empereur, Otton I, abbé laïque des deux monastères (p. 258). Le Libellus distingue nettement Amard, Gilbert qui, comme Hillin, appartiennent à la série des comtes abbés, du duc Frédéric à qui appartient en ce temps la dispositio du monastère (7, S S, IV, 89). Il y exerce autorité alors que Gilbert en est abbé, car le réformateur Adalbert ne s'adresse au duc que « comitis Gisliberti fretus adminiculo », d'accord avec le comte abbé. Adalbert reçoit, en place du comte abbé, le gouvernement du monastère par la libéralité du duc (a quo loci gubernatione donatus ). Vraisemblablement le duc de Lorrain., a étendu son pouvoir sur Moyenmoutier de la même manière que sur Saint-Mihiel ; c'est lui qui a investi de l'abbaye son frère Gilbert et qui, plus tard, d'accord avec cet abbé laïque, lui substitue un abbé régulier. De toutes manières, si Frédéric tenait Yabbatia, il s'en est dépouillé en l'attribuant à un abbé réformateur. Les deux abbayes ont été données ensuite par les Ottons à l'évêché de Toul ; mais Frédéric et ses successeurs continuent d'en exercer l'avouerie (Parisot, p. 263).
1. Acfred est abbé aux dates de mars 922, n oct. 926, (Doniol 30 et 315, Bruel 134 et 150,) c'est-à-dire antérieurement à la mort de Guillaume le Jeune survenue en 927 (Flodoard, Ann., 38). C'est précisément à partir d'octobre 927, au temps par .conséquent où Acfred hérite de Guillaume le Jeune, que Dalmacius, vicomte de Brioude, apparaît avec le titre d'abbé de Saint-Julien (Doniol 58, Bruel 159) qu'il garde encore en mai 982-3 (Doniol 299, Bruel 247). L'abbatiat est tenu ensuite par Arnoul (c. 1000, Doniol 92, Bruel 255), puis par Eurardus (c. ion, Doniol 149, Bruel 260).
2. C'est évidemment Guillaume le Jeune qui a fait Acfred abbé de Saint- Julien en sa place et comme Dalmacius prend cette qualité à l'heure où Acfred devient comte d'Auvergne, il faut admettre que celui-ci lui a attribué la charge jugée désormais incompatible avec la dignité comtale. Après la mort d'Acfred, le roi Raoul attribua à Raimond Pons, comte de Toulouse.le comté d'Auvergne (H L, III, ni) ; le 2? août 936, le duc des Aquitains, Raimond donne son consentement à la fondation par les chanoines de Saint-Julien du prieuré de Chanteuges, de concert avec le vicomte abbé Dalmacius, l'évêque Arnaud et divers grands personnages (Doniol 337, Bruel 176). L'historien du Languedoc, dom Vaissete (p. 117) en conclut que Raimond étendait sa domination sur l'Auvergne ; il en résulte aussi qu'il exerçait, en qualité de souverain du pays, dominium sur Saint- Julien. Après la mort de Raimond (950-1), Louis IV attribua le comté d'Auvergne au comte de Poitiers, Guillaume Tête d'étoupes (Richard, Les comtes du Poitou, I, 86). Le vicomte abbé Dalmacius figure parmi les personnages qui se recommandèrent à lui, en juin 952, au plaid tenu « in curte Eniziaco » (Bruel, Chartes de Cluny, 825, I, 781). De nombreuses chartes de Saint-