‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 1027 sur 1164 · DROIT DE L'ABBÉ, DROIT DU SOUVERAIN · texte numérisé non relu

DROIT DE L'ABBÉ, DROIT DU SOUVERAIN

d'Anjou, garde en ses mains Yabbatia de Saint -Aubin 1J elle passe sous Geoffroi Grisegonelle à des abbés qui la tiennent de lui 2. Geoffroy, restaurant en 966 le monastère, accorde aux religieux le droit de choisir leur abbé 3 ; en fait il le désigne lui-même avec leur agrément, à titre de souverain 4.

Quelquefois, tout en gardant Yabbatia pour eux-mêmes, les seigneurs en détachent des monastères sujets qu'ils cèdent en bénéfice à un autre abbé laïque ou dont ils remettent le gouvernement à un régulier. Sur ces monastères ils exercent dès lors le droit du souverain, tandis qu'ils restent abbés de l'établissement qui précédemment en retenait la propriété. Ainsi Guillaume Fiérabras affranchit Noaillé de Saint-Hilaire de Poitiers et autorise les religieux à choisir leur abbé 5. Le fils de Guillaume le Grand a obtenu de son père jouissance des biens de la cella de Noaillé 6. C'est sans doute par le don des ducs de France, abbés de Saint-Martin, que Guy joint à son abbaye de Saint -Aubin Cormery et Villeloin qui précédemment dépendaient du monastère de Saint-Martin et dont il jouit longtemps comme d'un bénéfice 7.

On voit aussi le comte abbé partager les fonctions abba-

Julien signalent en effet à partir d'août 955 (Doniol 139, Bruel 201) le comte Guillaume comme présidant à Saint- Julien avec l'abbé, le prévôt, le doyen. Cette formule qui marque nettement l'autorité exercée par le comte d'Auvergne à Saint- Julien Conjointement avec celle de l'abbé et des officiers capitulaires, s'applique au temps des abbés Dalmacius, Arnulfus, Eurardus et par conséquent aux successeurs de Tête d'étoupe, Fiérabras et Guillaume le Grand.

1. Foulques prend le titre de comte abbé en 924, en 929-30, Bertrand de Broussillon, Cart. S. Aubin, 35, I, 59 ; 177, p. 203 .

2. Une charte de Geoffroi de 960-4 signale l'abbé de Saint- Aubin Buchardus (281, p. 320). Guy, frère du comte Geoffroi s'intitule abbé de Saint-Aubin, ainsi que de Cormery, Villeloin et Ferrières dans une charte de 966-73 (38, I, p. 62). Le 19 juin 966, le comte Geoffroi et l'abbé Guy rétablissent à Saint- Aubin l'observance monastique et y instituent un abbé régulier Widboldus (2, p. 6). L'abbé Guy a institué semblablement avec l'agrément du comte un abbé régulier à Villeloin, en 965 (Gallia christ., XIV, 61). Quoiqu'ayant fait profession monastique, Guy avoue n'en avoir pas gardé l'observance (Cart. S. Aubin, 38, p. 62). Vraisemblablement, comme le conjecture M. Voigt (Die Karol. Klosterpolitik, 206), Saint-Aubin a en même temps un abbé non régulier, Guy et un abbé régulier, Widboldus, l'un et l'autre pourvus par le comte Geoffroi.

3. Charte de Geoffroi; 19 juin 966, Cart. S. Aubin, 2, 1. 6 ; cf. Tresvaux, Hist. de l'égl. d'Angers, I, 117 ; Halphen, Le comté d'Anjou, 82.

4. En 970, il désigne l'abbé Aubert sous réserve de l'agrément des moines et de leur droit d'élire son successeur (21, I, 39) ; en 977, il nomme Gontier aux mêmes conditions (22, p. 40).

Page 1