‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 1029 sur 1164 · RÉFORME DES MONASTÈRES · texte numérisé non relu

RÉFORME DES MONASTÈRES

abbé religieux retient, au moins à titre provisoire et en partie, les biens affectés antérieurement aux usages du recteur séculier. Arnoul a rendu à l'abbé de Saint-Bertin, Hildebrand la villa d'Arqués qui était assignée au service des abbés et que le comte retenait dans son indominicatum parce qu'il avait reçu l'abbaye à titre d'héritage paternel1. Lorsque le vicomte de Turenne qui tenait le monastère de Tulle en eut fait entreprendre la réforme, il garda pourtant, du consentement du nouvel abbé, une part de l'abbaye que les moines recouvreront à sa mort 2. Dans ces arrangements qui dédoublent la personne de l'abbé ou laissent aux mains de l'ancien recteur séculier une part de l'honneur abbatial, il faut voir d'ailleurs un simple stade de l'évolution qui transforme le comte abbé en seigneur des moines et de l'abbé régulier du monastère réformé.

Dès le Xe siècle en effet, le mouvement réformiste contribue en faisant disparaître le comte abbé à le transformer en souverain. Par zèle pour la cause de la discipline monastique, le grand seigneur se démet de son abbatia, la cède à la communauté, à un abbé régulier, au réformateur qu'il appelle, aux moines de Cluny qu'il associe à son œuvre de restauration. Hugues Capet résigne en faveur de Gualon l'abbatiat de Saint- Germain 3 ; à Saint-Riquier, au lieu de retenir soit pour luimême, soit en faveur de bénéficiers la charge abbatiale, il la remet à un moine réformiste tiré de Corbie 4 ; il l'a rendue aussi dans Saint-Denis réformé à des abbés réguliers 5 ; il

i. « quae... ad abbatis obsequium erat deputata... quam et ipse cornes, quia paterna successione abbatiam susceperat, suo usui mancipatam tenebat » (Folquin, jl, 78, p. 1.16-7).

2. Oipl. de Raoul, cité p. 7, n. 1 : « partem vero abbatiae quam praedictus Ademarus abbate ipso consentiente, retinuit totam post ipsius discessum recipiant » (H F, IX, 578).

3. Aimoini contin. : « Hugo dux... nutu divino dimissa sancti Germani abbatia » (H F, X l, 275). L'historiographe ajoute que Gualon fut établi abbé à la prière du roi Lothaire et du duc Hugues. C'est évidemment l'initiative du duc qui lui procure l'abbaye. L'abbé Gualon est signalé dans une charte d'Hugues, archevêque de Rouen, 979-89 (Poupardin, Chartes S. Germain, 44, p. 73).

Page 1