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LA PROTECTION SOURCE DE LA SOUVERAINETÉ

Pins souvent peut-être que l'emploi de la force, c'est la protection qui a fondé la souveraineté du seigneur sur l'abbaye. Le patronage du roi avait affermi son dominium sur les églises et multiplié les monastères royaux. C'est par le même chemin que les seigneurs ont entrepris sur les droits du roi et l'indépendance des communautés. Dès 856, Charles le Chauve, constate que Montier la Celle est depuis longtemps sous la tuitio et le mainbour du comte de la cité de Troyes \ Un comte abbé estimait qu'il était à la fois recteur et défenseur du monastère ; il protégeait au dehors l'établissement qu'il gouvernait au dedans. Robert, recteur de la communauté et des biens de Saint-Martin de Tours, déclare que lui et son fils Hugues en sont les défenseurs et abbés 2. C'est sous le couvert du patronage qu'au sentiment du chroniqueur de Saint-Mihiel, Frédéric I s'est assujetti ce monastère ; dès lors les ducs de Haute-Lorraine en sont les seigneurs à titre de défenseurs du lieu, patrons ou avoués 3. Le comte Etienne, Gérard son frère et Matfroi prétendaient, sous prétexte d'avouerie, que le monastère de Saint-Epvre leur appartenait à titre d'héritage 4.

Les rois ont eux-mêmes parfois placé un monastère sous la protection d'une grande famille. En 878, l'abbé de Cuxa recommande son monastère au puissant comte Miron son senior, attendu qu'il voit en lui son auxiliaire, défenseur, bienfaiteur

bénéficia militum ejusdem loci fratrumque deputata necessariis fautoribus suis distribuit » (Zeuss, Trad. Wizenb., 311, p. 305).

1. Dipl. io janvier 856 : « quodque etiam monasterium sub tuitione et mundeburdo ex longo tempore constat esse comitis predicte civitatis » (Lalore, Cari. dioc. Troyes, V!, 195).

2. 30 mai 914 !: <■< ex rébus sancti Martini cujus defensores et abbas esse videbamur » (Marcbegay, Introd. aux Chron. comtes d'Anjou, P. just., 5, P- xcvin).

3. Cf. plus haut, p. 23, n. 2. Le chroniqueur relate plus loin que Thierry a succédé à Frédéric dans le principat « et super abbatiam advocati dignitate potiretur » (g; p. 13). Les ducs « videbantur loci defensores patroni dicti vel advocati » (32, p. 30). Cette avouerie comporte aux yeux du moine historiographe domination sur l'abbaye (« dominium », 6, p. n ; « Teodericus cujus ditioni abbatia subdita erat », n, p. 14). Suivant son rapport, c'est le duc qui confère l'abbaye aux abbés : « Tune voto... fratrum...,princeps monachum sibi dilectum (Nanterus)..., honore donat prelationis, rerum amministrationem concedit » (loc. cit.). Les ducs, défenseurs et patrons ont soustrait des biens du monastère « partim sibi retinentes, partim suis militibus in beneficio tribuentes » (32, p. 30). Une charte du premier quart du XIe siècle signale une donation faite « tempore domni Nanteri abbatis et Frederici ducis, ejusdem ecclés'iàe advocati » (1024-33, 33> P- J38). En cette qualité, les ducs prennent et les abbés leur donnent le titre de « senior » (cf. plus haut, p. 16, n. 3).

4. Dipl. faux d'Arnoul, B M. 1850 : <; monasterium... sancti Apri quod sub nomihe 'advocatiae sur juris falso per hereditatem esse asserebant. » (Ann. Bened., 35, r. III, 642). Ce diplôme faux relate des faits réels (cf. Parisot, Le roy. de Lorraine, 506-7). Le faussaire dévoué aux intérêts de l'église de Toul n'a vraisemblablement pas imaginé les prétentions élevées par ces seigneurs à l'avouerie d'un monastère épiscopal. Les mêmes personnages paraissent avoir prétendu aussi à l'avouerie de Saint-Pierre de Metz (op. cit., 5=02).

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