ABBAYES SEIGNEURIALES
sans doute déjà maîtresses, à la fin du Xe siècle, de quelquesunes au moins des abbayes qu'on les voit tenir, au XIe, sous leur dominium l.
De ces maisons souveraines, quelques-unes se sont éteintes de bonne heure ou n'ont pu se maintenir au rang qu'elles avaient occupé quelque temps ; leurs abbayes ou bien s'émancipent ou bien s'en vont comme leurs honneurs laïques en d'autres mains 2. Les chefs des grandes familles qui subsis-
(202, col. 408-9). L'acte fait mention de Saint-Hilaire, Caunes, Saint-Chinian et aussi de Montolieu (Val Siger), Saint-Estève de Cabardez, la Grasse, Saint- Antonin de Frézélas, Saint- Volusien de Foix. En 1067, l'acte de vente du comté fait figurer parmi ses dépendances Saint-Hilaire et la Grasse (280, col. 548). Le comte de Barcelone acquéreur du comté inféode à Raymond Bernard, vicomte d'Albi et Béziers, l'abbaye de Montolieu et lui promet, s'il peut en disposer, l'abbaye de Caunes que possède alors le comte de Rodez (281, col. 552-3 ; cf. 293-4, col. 574-6). En in8, Bernard Aton, fils de Raymond Bernard, lègue en effet à l'un de ses fils les deux abbayes de Caunes et de Montolieu (462, col. 867). L'abbaye du Mas d'Azil est réservée par Pierre, évêque de Girone, avec celles de Foix et de Frézélas et les abbayes du Carcasses, dans l'acte de partage qu'il fait avec Roger de Foix (V, 201, col. 405 et 407). Le 3 mars 1054, le comte Pierre fait don à l'église de Béziers de Vabadia de Saint-Geniés tenue en fief par Didier « cum omni honore ad ipsam abadiam... pertinente » (239, col. 479), qui vraisemblablement fait aussi partie de ses alleux patrimoniaux. Lézat appartenait aussi, au XIe siècle, à plusieurs branches de la maison des comtes de Carcassonne (plus haut, p. 27, n.4). L'abbalia de Joncels figure à côté de Caunes et de Montolieu, parmi les biens légués par Bernard Atton à l'un de ses fils.
1. Le testament d'Isarn, comte de Pailhas, du 13 sept. 953 attribue aux moines de Gerri le monastère de Saint-Privat (H L, V, 95, col. 216). En 1065, le comte de Roussillon, Raymond donne au monastère de Cluny « Gordiniacensem abbatiam » ; il déclare renoncer à toutes les coutumes « quas antecessores mei hucusque habuerunt i.i ea » (270, col. 531-2). Le dominium qu'il exerce sur l'abbaye de Goudargues était donc vraisemblablement possédé par les comtes du pays dès le Xe siècle. En 1085, le comte d'Ampurias s'engage vis-à-vis du comte de Roussillon, Guilabert à ne rien lui enlever de son honor, a savoir de ses divers comtés, de l'évêché d'Elne, des abbayes Saint-Pierre de Rodas, Saint- André, Saint-Geniés (Marca hisp., 297, col. 1176 , cf. 298 col. 1177). Bernard, comte de Besalu, possédait en l'an 1000 Saint-Paul de Fenouilledes dont il fit don au monastère de Cuxa: («dono monasterium rneum», 147, col. 954 ; cf. H L, III, 225), Saint-Geniés de Besalu, où il fixe en 1017 le siège épiscopal fondé par lui dans ses domaines (p. 249), Notre-Dame de Cubières et Saint- Etienne près du Tet qu'il lègue à sa mort (1020) à son fils Guillaume (p. 256). Saint- Martin de Lez faisait aussi partie de l'héritage, car Guillaume attribua cette abbaye à Wifred, évéque de Carcassonne (p. 260) et en 1070,1e comte Bernard II en fit don à Saint-Pons de Tomières (V, Pr. 292, col. 571). Il disposait, en 1071, de Saint-Pierre de Besalu et de Saint-Etienne de Bagnols en faveur de Saint-Victor de Marseille (III, 379), en 1078 de Notre-Dame d'Arles, Saint-Paul Vallosa, Saint-Pierre Campredon, dont il remit Velectio et dominalio à Cluny après les avoir rachetés aux milites qui les retenaient en fief et en supprimant toutes les mauvaises coutumes que lui et ses prédécesseurs prélevaient sur les honores de ces monastères (H L, III, 396 ; Marca hisp., 289, col. 1168). On le voit d'ailleurs venir encore en 1090 au monastère d'Arles pour y exercer juridiction (Marca hisp., 304, col. 1 185). L'abbaye de Cubières était, en 1079, la propriété allodiale d'un petit seigneur qui la tenait de Bernard II. « sub cujus potestate locus ille redigitur » (H L, V, 309, col. 601).
2. Après Herbert et ses fils, la maison de Vermandois n'est plus au premier plan ; celle des comtes d'Auvergne s'éteint après Guillaume le Pieux, Guillaume le Jeune et Acfred. Saint- Julien de Brioude passe, on l'a vu, sous la souveraineté des grands seigneurs de la maison de Toulouse ou de Poitiers qui obtiennent après Acfred le comté d'Auvergne. En Lorraine, les héritiers de Régnier et Gilbert déchoient de la