‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 1058 sur 1164 · COMMENT LE ROI PERD L'ÉVÊCHÉ · texte numérisé non relu

COMMENT LE ROI PERD L'ÉVÊCHÉ

Le passage de l'évêché des mains du roi en celles du seigneur s'est effectué pourtant, là où il s'est produit, à la faveur de quelques-unes des circonstances qui favorisaient l'usurpation des abbayes. Les grands seigneurs qui se substituent au roi dans la possession d'évêchés ou d'abbayes ou bien lui ont fait violence ou bien ont recueilli ses droits, parce qu'ils étaient tombés en fait en déshérence. C'est par une évolution dont les traces sont souvent à peine perceptibles que les grands seigneurs locaux prirent la place du roi. La possession des évêchés ne se fixe qu'insensiblement en leurs mains et la personne du propriétaire reste longtemps incertaine et variable. A mesure que l'influence de la couronne faiblissait clans une région et que s'affermissait une maison, celle-ci usurpait ou simplement ramassait une à une les prérogatives diverses qui vis-à-vis des évêchés composent la souveraineté.

Au IXe siècle, l'usurpation des évêchés est toujours associée à la fondation d'un royaume nouveau. C'est en prenant la qualité de roi des Bretons que Noménoé s'attribue la disposition des sièges du pays d'Armorique. Il a fallu que Boson et Rodolfe se fassent sacrer rois de Provence et de Bourgogne pour devenir les maîtres des évêchés de ces régions 1.

Maintes abbayes sont entrées au patrimoine des grandes maisons seigneuriales en vertu des règles de la propriété privée, parce que ces monastères avaient été fondés par la famille, lui avaient été donnés, légués ou vendus. Les évêchés ne pouvaient être qu'usurpés aux dépens de la prérogative royale. Pour s'en rendre maître il faut que les grands seigneurs empiètent sur les droits qui n'appartiennent qu'au roi. En 921, le pape Jean X proclame encore comme une coutume incontestable et fondée sur le droit, que personne ne puisse donner un évêché sinon le roi légitime 2. En Bourgogne Trans-

1. M. Pôschl (Bischofsgut, I, 118) estime que déjà Conrad, père du roi Rodolfe I, jouit avec son abbaye de Saint-Maurice des évêchés de Genève, Lausanne et Sion. Conrad avait été à la vérité titulaire du duché de Bourgogne Transjurane, qui comprenait les trois comtés cédés en 859 avec évêchés et monastères par Lothaire a Louis (fasc. 2, p. 72 ; cf. R. Poupardin, Le roy. de Bourgogne, 9 ; Ch. Besson, Contr. à Vhist. du dioc. de Lausanne, 52). Mais avant 888, le duc de Bourgogne Transjurane n'était certainement pas maître des évêchés restés à la disposition de Louis II, puis de Charles le Gros. A Lausanne, en 878, Charles le Gros « cuidam clerico suo eamdem sedem tradere decrevit » (Lettre de Salomon à Thierry, Besson, op. cit., Doc. 5. p. 141) et le 20 juin 880, Jean VIII écrit à l'empereur pour le prier de laisser Jérôme en possession paisible de cet évêché (6, p. 143.) De même, en 882, c'est Charles le Gros qui concède l'élection au clergé et au peuple de Genève (Joli. VIII ep., 353> Migne, CXXVI, 947). Mais sitôt que le regnum es* usurpé par Rodolfe. l'élection des évêques du pays lui appartient. C'est lui qui, en 892, préside à l'élection du successeur de Jérôme à Lausanne et- ordonne de le consacrer (Cari. chap. Lausanne, 54**).

2. J W. 3564, à Hériman de Cologne : « cum prisca consuetudo vigeat, qualiter

Page 1