PATRONAGE SEIGNEURIAL DE L'ÉVÊCHÉ
jurane, ce sont les grands qui choisissent les évêques; mais au sentiment du chroniqueur, à ces prélats que le roi n'a pas choisis, c'est encore lui qui donne l'évêché l.
La protection que le roi n'exerçait plus sur les églises épiscopales sises au-delà de sa sphère d'action passait nécessairement au grand seigneur du pays. Dès 918, à Autun, il est dit que l'église est sous la défense et le patronage du duc Richard le Justicier 2. Les églises ne renonçaient pas à invoquer le cas échéant la protection royale, à en appeler aux anciens diplômes d'immunité et de défense, à les faire confirmer à nouveau par le monarque régnant. Mais les évêques devaient compter de plus en plus avec le pouvoir local du comte ou duc ; ils avaient intérêt à s'assurer son patronage plus efficace que celui du roi 3. C'est ainsi que peu à peu dans les régions où ne se transporte plus le palais, loin des bords de l'Oise et de la Marne où les Carolingiens dépensent leurs dernières ressources, la protection du souverain local se substitue en fait à celle du roi. Thietmar explique comment, au temps de Rodolfe III, dans le royaume de Bourgogne, les évêchés sont nécessairement donnés par le roi aux créatures des grands. Ce sont ceux-ci en effet et non plus le souverain qui peuvent défendre les évêques ; aussi les prélats mettent leurs mains dans celles des grands, les servent comme leur roi et s'assurent, ainsi la paix 4.
La mainmise des familles seigneuriales sur les sièges épiscopaux fut favorisée aussi par la procédure des élections, dans la mesure où s'observent encore les règles qui remettent au clergé et au peuple de l'église le choix de son chef. Le corps électoral se restreint naturellement de plus en plus à l'aristocratie ; les potentes de la région, duc, comte, vicomte sont
nullus alicui clerico episcopatum conferre debeat, nisi rex oui divinitus sceptra coljata sunt » (Migne, CXXXII, 806).