ROLE DU SEIGNEUR DANS LES ÉLECTIONS
appelés à y jouer un rôle prépondérant l ; l'influence pacifique dont on leur reconnaît l'exercice sera souvent recouverte par la violence. Dans l'assemblée électorale, le grand seigneur dont l'autorité est reconnue sur la cité occupe la première place. Il fait fléchir, entraîne et dirige les suffrages. On voit ainsi Herbert de Vermandois, en 925, présider à Reims la réunion des clercs et des laïques et leur imposer son choix. Le candidat qu'il leur a désigné et qu'il fait élire, c'est son fils, un enfant de cinq ans 2.
Les candidats au siège épiscopal s'adressent au grand personnage dont l'influence est prépondérante dans la cité. Quelquefois, ils l'ont simplement prié d'être leur intermédiaire auprès du roi, d'obtenir de lui pour eux concession de l'évêché qu'ils briguent. En 971, Segenfroid, qui recherche le siège du Mans, s'adresse au comte d'Anjou, afin qu'il lui prête assistance auprès du roi en vue de l'évêché 3. Le père de l'évêque d'Angers, Renaud, aurait aussi gagné par des présents Geoffroi Grisegonelle afin d'acquérir l'évêché pour son fils 4. On ne sait s'il s'agissait de le lui faire obtenir du roi, de le lui céder de sa propre autorité ou de faire simplement pression soit sur le clergé et le peuple, soit sur les évêques. Il est rapporté semblablement d'Arduin, successeur à Chartres de son frère Rainfroi, que pour se frayer la voie vers l'évêché, il déposséda l'église de l'abbaye de Saint-Martin qu'il remit au pouvoir des comtes \ C'est évidemment le comte de Chartres qui disposa cette fois, dans une mesure que nous ne pouvons déterminer, de l'évêché. Suivant l'auteur du Dialogue sur l'état de la sainte Église, telle est la pratique de tous les candidats à l'épiscopat : « Avant d'être sacré, d'avoir pris possession
1. Cf. Imbart de la Tour, Les élections épisc. , 216. Il est dit parfois dans les textes italiens du Xe siècle que l'évêque est élu par le duc, le clergé et le peuple (Ughelli, Italia sacra, VI, 441 ; VII, 192). Cf. Pôschl, Bischofsgut, III, 137.
2. Flodoard, Hist. IV, 20 : « tractans super eleotione rectoris hujus Remensis ecclesiae tam clericos quam laicos ad voluntatem suam intendere fecit. Sequentes igitur ejus consiliura...eligunt filium ipsius» (S S, XIII, 578). Tel est aussi le rapport fait par Artaud à Ingelheim : « cornes Heribertus urbem Remensem adiit et ecclesiae milites, clericorum quoque quosdam de rectoris electione ad suum concilium intendere fecit » (35, p. 585).
3. Suivant les Actus, il a donné au comte Foulques la villa de Dissay « ut se apud Francorum regem de episcopatu fideliter adjuvaret » (29, p. 353). A cette date, le comte d'Anjou était non pas Foulques, mais Geoffroi Grisegonelle.
4. Charte de Renaud, 996-1005 : « Fulco cornes Mauriciusque frater ejus calumniam mihi intulerunt de hereditate mea..., dicentes patrem meum Rainaldum eam dédisse patri eorum Goffrido in conventiis episcopatum adipiscendi » (L. Halphen, Le comté d'Anjou, P. just., 4, p. 350).
5. Vêtus Aganon, II : u obstrusum videlicet sibi episcopatus aditum, quem ut faceret pervium, abbatiam sancti Martini de potestate episcoporum ejecit comitumque habendam in perpetuo tradidit potestati » (Guérard, Cart. S. Père, I, 54).