‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 1062 sur 1164 · PARTAGE ENTRE LE ROI ET LE SEIGNEUR · texte numérisé non relu

PARTAGE ENTRE LE ROI ET LE SEIGNEUR

du siège, l'évêque disperse aux mains de patrons ce qui reste des biens ecclésiastiques après tout le dommage qu'entraîne la vacance ; parce qu'il convoite le nom de pasteur, il est devenu déjà un loup 1. »

Il y a parfois partage d'influence entre le roi et le grand seigneur qui tend, à se rendre maître de l'évêché. En 910, à Auxerre, le promoteur de la candidature de saint Géran au siège épiscopal se rend près du duc de Bourgogne, Richard et en lui offrant des présents le prie de lui donner l'élection de cette église 2. Après avoir dirigé à son gré les suffrages des chanoines et du militaris ordo, il va trouver le roi Charles le Simple et obtient de lui que Géran soit élu et consacré 3. Le droit régalien s'est ici décomposé. L'autorisation d'élire, le règlement des opérations électorales appartient au duc ; c'est le roi qui confirme l'élection faite, ordonne le sacre et sans doute confère l'évêché. En 925, c'est d'une manière analogue qu'il fut disposé du siège de Reims. Mais ici, c'est le comte de Vermandois, Herbert qui mène l'élection. Quand elle eut été faite à son gré, les envoyés de l'église se rendirent auprès du roi pour lui demander de la confirmer et Raoul confia luimême à Herbert l'évêché pour le gouverner jusqu'au joui où son fils, l'évêque élu, serait d'âge à l'administrer 4.

Ailleurs, l'intervention des grands est dirigée expressément contre le roi ; l'autorité seigneuriale tend à se substituer à celle du souverain dans l'attribution de l'évêché. En 893, le duc de Bourgogne, Richard oppose au candidat du roi pour le siège d'Autun son propre candidat qu'il installe par force 5. A Liège, en 920, Hilduin s'est fait élire en dépit du roi, par la faveur de Gilbert, duc de Lorraine. Par crainte de Gilbert et sur son ordre, l'archevêque de Cologne a sacré Hilduin, bien qu'il ne soit permis qu'au roi, écrit le pape Jean X, de conférer

1. Dial. de statu sanctae ecclestae : « Ipse episcopus, nondum perunctus, nec sedi impositus residuas reliquias rerum ecclesiasticarum patronis dispertit et dum desiderat nomen pastoris, jam lupus factus est » (éd. Diïmmler. Sitzungsber. preuss. Akadl, 1901, p. 377). Les residuae rcliquiae, c'est ce qu'ont laissé tous ceux qui. après la mort de l'évêque, ont pillé sa dépouille (plus loin, p. 49-50).

2. Gesta episc. Autissiod., 42 : « ducem Richardum adiit, oblatisque muneribus ut sibi illius electio ecclesiac daretur expetiit » (Migne, CXXXV1II, 260).

3. « canonicorum venerabilem choruni adscivit una cum militari ordine... ; cleri populique frctus electione... regem adiit Carolum atque... ut vir ille... pontifex eligeretur et ordinaretur promeruit » (col. 261).

4. Flodoard, Hist., IV, 20 : • re patrata ad regem properant, ejus auctoritatU impetrandae gratia. Rodulfus igitur rex, hac electione comperta... Remensem episcopatum committit Heriberto... Qui etiam legatos ecclesiae... Romam mittere satagit » (S S, XIII, 578).

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