DROITS DU SEIGNEUR SUR L'ÉVÊCHÉ
la vente de l'évêché, la jouissance du droit de régale et de dépouille, le droit d'exiger du prélat les devoirs, les services d'un fidèle, cet ensemble de droits souverains réservé jadis au regnum est ainsi devenu la propriété d'un grand seigneur. 11 la peut aliéner à son gré, il peut donner, vendre ou léguer ses évêchés l, comme les Carolingiens au IXe siècle les partageaient entre eux. Ces évêchés, comme les abbayes seigneuriales font partie du duché ou comté et en suivent les destinées -. Lorsqu'un grand seigneur ne peut prétendre à l'honneur ecclésiastique entier d'un évêché dont le siège épiscopal appartient à un autre seigneur, il revendique parfois les droits de souveraineté sur la portion du temporel épiscopal sis dans les limites de sa propre seigneurie 3. Il cherche aussi à s'affranchir visà-vis d'une juridiction étrangère, à faire des pays qu'il domine le ressort exclusif d'évêques dont il possédera l'évêché en qualité de souverain. En Bretagne, dès le temps de Charles le Chauve, Noménoé remaniait les diocèses et établissait de nouveaux sièges 4. Vers la fin du IXe siècle, le comte de Barcelone, Wifred rétablit le siège de Vich 3. En 1017, Ber-
1. En 1037, le comte Pons donne en douaire à sa femme Majore l'évêché d'Albi, la moitié de l'évêché de Nîmes (H L, III, 287 ; V, Pr. 211, col. 428). Dans un arrangement de famille relatif aux biens patrimoniaux de la maison des comtes de Carcassonne, Pierre, évêque de Girone, se réserve vers 1034 l'évêché de Carcassonne, avec l'honneur de l'évêché et « quae ad episcopatum pertinent » (V, 201, col. 405 ; cf. accord de c. 1063, 266, col. 525 ; cession de 1067, 280, col. 548). Le comte d'Urgel, Ermengaud, à qui sa femme avait apporté une partie du comté de Provence, lègue en 1090 à l'un de ses fils les comtés, évêchés, villes et châteaux au-delà du Rhône (Cf. H L, IV, n. 14, p. 71).
2. Vers 1002, Roger I, comte de Carcassonne, lègue en indivis à sa femme et à son fils le comté de Conserans >< cum ipso episcopato » (H L, V, Pr., 162, col. 345). En 1071, cession fut faite du comté de Carcassonne avec évêché et abbayes (I, n. 103). En 990, Guillaume, vicomte de Béziers, lègue à sa fille la ville de Béziers « cum ipso episcopatu et cum ipsa honore quod ad ipsa civitate pertinet » et à sa femme la ville et l'évêché d'Agde (V, 150, col. 318). Vers 1001, Raimond, comte de Barcelone, assigne pour douaire à sa femme le comté et l'évêché d'Ausone ou de Vich (III, 227). Le 27 avril 1085, Pierre, comte de Melgueil, donne à l'église romaine « omnem honorent meum, tam comitatum Substantionensem quam episcopatum Magalonensem omnemque honorem eidem episcopatui appendentem, sicut et ego et antecessores mei comités hactenus habuimus et tenuimus in alodium » (365, col. 695). On a vu plus haut, p. 46, n. 3, que l'évêque de Digne estime que son évêché est établi dans la poteslas de son père.
3. C'est ainsi sans doute qu'il faut interpréter la clause par laquelle Pierre, partageant avec son neveu le patrimoine des comtes de Carcassonne, stipule qu'il gar dera l'honneur de l'évêché de Toulouse, c'est-à-dire le droit de suzeraineté sur les terres de cet évêché sises dans les comtés qui appartiennent à la maison de Carcassonne (V, 201, col. 406 ; cf. III, 278).
4. Chron. Namnet., xi, éd. Merlet, 39 ; cf. Duchesne, Fastes êpisc, II, 360.
5. Actes du conc. de Barcelone, 906 : « Wifredum et fratres ejus qui... (Ausonensem) ecclesiam cum suis finibus in pristinum instauraverunt statum » (H L, V, Pr. 32, col. 117). Cf. III, 38. Le 24 juin 888, le roi Eudes fut prié toutefois d'intervenir pour confirmer la restauration et la dotation du siège (p. 40).