LA RESTITUTION PARAIT ÊTRE UNE AUMÔNE
seule mesure des restitutions consenties, c'était la bienveillance du prince vis-à-vis de quelques-unes, l'opportunité qu'a su saisir un prélat bien en cour. Comme tous leurs successeurs carolingiens, Pépin et Charlemagne prononcent des restitutions, non pas parce que l'équité l'exige et que des promesses les lient, mais par munificence et par piété. Ils rendent, comme ils donnent, «pour leur aumône »*. La restitution ne se distingue pas toujours d'une donation 2 et les églises demandent qu'un bien leur soit rendu comme elles en solliciteraient l'offrande.
La restitution intégrale n'est pas accordée pour le présent ; elle n'est plus promise pour l'avenir ; aucune église, si pauvre soit-elle, ne peut exiger l'éviction de l'illégitime occupant 3 ; toute restitution est un effet de la piété, de la libéralité, de la faveur du maître. Souvent spoliations et restitutions se succèdent et se mêlent sans ordre et sans mesure, suivant son caprice, ses besoins, ses scrupules.
Au cours des premières années qui suivent les synodes de réforme, on a souci de rétablir l'équilibre dans les finances de chaque église. Très vite, les princes esquivent la restitution intégrale reconnue impossible ; mais ils cessent de dépouiller les églises et leur rendent la part indispensable de la fîecunia qui leur a été ravie. Lorsque l'enquête de 751 rouvre l'ère des sécularisations, Pépin réserve encore la portion congrue des églises. Si l'inventaire établit que, ruinée par les sécularisations contemporaines de Charles Martel, une église ne peut plus faire face à ses dépenses, c'est peut-être en sens inverse que s'effectue le partage : Pépin rend aux églises indigentes les biens dont elles ne peuvent se passer, dans le même temps où il dépouille les églises riches de leur superflu. Mais après
1. Suivant la décision du concile de Ver, les évêques doivent signaler au roi Pépin les monastères qui souffrent disette, « ut in sua elimosina hoc emendare f aciat » (6, Cap., I, 34). L'aumône de Pépin consistera sans doute indistinctement soit en des restitutions, soit en des donations. Au diocèse de Mâcon, les communautés religieuses sont pourvues du nécessaire par ses missi « ineleemosina domini régis » (cf. plus haut, p. 50, n. 3). Un diplôme de Pépin I d'Aquitaine du 10 août 829 signale les villae « quas partira avus noster Karolus in sua elemosina eidem reddidit ecclesiae » (Poupardin, Chartes de Saint- Germain-des- Prés, 30, p. 48).
2. Deux diplômes de Pépin de juillet 766 cèdent aux moines de Saint-Denis la villa d'Essonnes tenue jusqu'alors de lui en bénéfice par un comte; l'un d'eux est rédigé suivant le formulaire des donations (Dipl. Karol., 22, p. 31), l'autre suivant la formule des restitutions (23, p. 32). Vraisemblablement les moines à qui la chancellerie royale avait délivré un diplôme de donation, ont demandé qu'un autre fût rédigé qui fît état de leurs anciens droits.
3. Un capitulaire de Pépin menace d'éviction les bénéficiers qui n'acquitteraient pas les charges qui leur sont imposées (cf. plus loin, p. 99, 2) mais il est douteux que cette menace ait été exécutée.