‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 11 sur 1164 · RUINE DE LA DISCIPLINE ECCLESIASTIQUE · texte numérisé non relu

RUINE DE LA DISCIPLINE ECCLESIASTIQUE

lingiens les firent supporter par les églises 1. Au IXe siècle encore, il reste entendu que les biens des églises doivent subvenir aux besoins de la milice du royaume.

La sécularisation commença à la faveur de la ruine de la discipline ecclésiastique et de la décadence intellectuelle et morale du clergé. Depuis plus de quatre-vingt ans, écrira Boniface en 742, l'épiscopat ne tient plus de synode et n'a plus de chef ; les Francs ont cessé de respecter et ne se soucient plus de renouveler la règle canonique 2. Le désordre que dénonce le réformateur a donc commencé avant le principat de Charles. La résistance du clergé à l'égard des déprédateurs des biens d'église, nécessaire déjà à l'époque mérovingienne et qui s'affirmait alors, comme plus tard au IXe siècle, à la faveur surtout des grandes assemblées épiscopales 3, a fléchi dès le VIIe siècle. Les digues abattues, il était facile aux séculiers d'entreprendre sur les droits des églises. L'aristocratie franque s'y employa tout de suite. Quand une famille, celle des Carolingiens, l'eut emportée sur les autres, elle dirigea la curée.

cédés pour la fabrication des selles et des éperons. Comme le remarque lui-même M. Brunner (Zur Gesch. des Gefolgswesen, dans les Forsch. deusch. Redites, 83), il est question aussi de la chasse et des chiens, usage qui n'a rien à voir avec le service à cheval. Agobard, qui s'élève contre l'abus fait au temps de Louis le Pieux des biens d'église, déclare semblablement qu'il faut chercher ailleurs la pâture des chevaux et des chiens 'Ep. 5, De rébus eccles., 28, Ep., v, 178). A la fin du Xe siècle, Abbon de Fleury se plaint aussi que les oblationes ecclesice « plus equis et canibus laicorum prosunt quam peregrinis, orphanis et viduis aut restaurationi ecclesiarum » (Ep. 14, Migne, cxxxi.v, 441).

1. Adrevald au IXe siècle raconte que Charles Martel distribua les biens d'église « militibus propriis » (Mirac. Bened., 1, 14, p. 35). Suivant VHistoria Franc. Senon., IXe-Xe siècle), la spoliation fut faite « propter assiduitatem bellorum » (SS, îx, 364). Ou pourrait douter que ces sources tardives représentent exactement le motif qui détermina Charles Martel à disposer largement du patrimoine des églises. Mais leur témoignage est corroboré par Carloman qui eut voulu rendre les « pecunias fraudatas»et qui, au synode d'Estinnes, se déclare obligé d'en etenir une part « propter imminentia bella et persecutiones ceterarum gentium quœ in circuitu nostro sunt... in adjutorium exercitus nostri » ICapi Liptin., 2,* Cap., 1, 28). En 745, le pape Zacharie écrit à Boniface qu'il faut accepter cette mesure « pro eo quod nunc tribulatio accidit Saracinorum, Saxonum vel Fresonum » (Bonif. ep., 60, Ep., ni, 324). Le motif qui empêche Carloman de restituer est évidemment celui qui commanda les violences commises du vivant de son père.

2. Ep. 50 : « Franci enim, ut seniores dicunt, plus quam per tempus octoginta annorum synodum non fecerunt, nec archiepiscopum habuerunt, nec aecclesiae canonica jura alicubi fundabant vel renovabant» (Ep., 1, 220). Sur le sens donné par Boniface au terme d'archevêque, cf. notre ouvrage La Hiérarchie épiscopale, 28. M. Hauck observe IKirchengesch. Deutschlands, 1, 388) qu'un synode diocésain ayant été réuni à Auxerre en 69^, les 80 ans d'interruption ne doivent pas être pris à xa lettre, mais il est exact qu'en 742 l'usage des réunions épiscopales est de mémoire d'hommes abandonné.

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