VERMANDOIS
de Hainaut, le seigneur qui gardait l'abbaye en sa main distribua à ses hommes des biens de la mense abbatiale *.
Les grands seigneurs de Francia usent semblablement des terres de leurs évêchés et abbayes. Herbert II de Vermandois, qui épouse, en 951, la veuve de Charles le Simple, Ogive, lui constitue une dot avec des biens de l'abbaye de Saint-Médard qu'il avait héritée de son père 2. Il a cédé en bénéfice un autre bien de l'abbaye sis à Rumigny à son frère, le comte Albert de Vermandois, qui lui-même l'a sous inféodé à l'un de ses fidèles3. Albert disposait semblablement des terres de ses abbayes de Saint-Quentin 4 et de Notre-Dame de Soissons 5. Les ducs
1: Gislebert, Chron. Hann. : « de bonis que ad partem abbatie pertinebaut milita... homines quosdam feodavit » (S S, XXI, 407). Le chroniqueur du XIIe siècle rapporte d'ailleurs des souvenirs assez imprécis ; il ne nomme pas le comte qui aurait ainsi agi et ignore semblablement quel est l'empereur qui lui a concédé « abbatiae illius dominationem ».
2. Mir. s. Greg. et Sebasl. : « dotavitque eam de substantia non sua, videlicet de bonis Domini quae beato Medardo et loco sancto generositas contulerat » (H F, IX, 126). Cf. Lauer, Louis IV, 139 et 220.
3. Charte d'Herbert, comte et abbé de Saint-Médard, autorisant l'abbé d'Honiblières à racheter deux manses « de terra et potestate sancti Medardi quae est in pago Vermandensi, in villa quae dicitur Ruminiacus ex beneficio fratris nos tri comitis Adalberti... ab eodem fratre nostro et ab ejus fideli Madalgerio qui eam tenebat » (L. Halphen, Recueil des actes de Lothaire, 19, p. 40). La villa de Rumigny serait-elle le beneficium d'Albert simplement parce qu'elle est sise dans le Vermandois et qu'en vertu du partage fait entre les fils d'Herbert I, Albert est devenu comte du Vermandois (cf. Lauer, Louis IV, 139) ? A ce compte, le souverain du Vermandois se serait arrogé le droit de céder à un vassal des terres de la potestas de Saint-Médard sises dans son comté. L'intervention du comte abbé de Saint-Médard dans le rachat qui est fait des droits d'Albert et de Madalgier donne plutôt à penser qu'Albert tenait régulièrement du comte abbé les deux manses de la villa de Rumigny qu'il avait cédés à l'un de ses vassaux. La charte deGerberge, citée n. suiv., signale l'acquisition par l'abbé Bernier d'une autre terre, sise elle aussi à Rumigny, qui appartenait à Notre-Dame de Soissons et au bénéfice du comte Albert. Vraisemblablement, Herbert avait cédé à son frère ce que possédait Saint-Médard à Rumigny afin d'arrondir le lot dont il jouissait déjà, attendu que Notre-Dame de Soissons était propriétaire en cette localité. Albert a cédé à Madelgier la portion qui dépendait de Saint-Médard, à Gerberge ce qui appartenait à Notre-Dame ; les moines d'Homblières ont réussi à acquérir le tout.
4. Dans une charte de 958-9, Albert, qui s'intitule abbé du monastère de Saint- Quentin, fait un échange avec l'abbé d'Homblières, Bernier et cède un bien de Saint- Quentin « de beneficio Dudonis cujusque precatu in hoc egimus » (F. Lot, Les derniers Carol., Pièces just., 7, p. 407). Dudon tient évidemment ce bien de son seigneur, le comte abbé. En vertu d'un échange approuvé par le même comte abbé, son fidèle Ybert a reçu de Bernier une terre du monastère d'Homblières et lui a cédé une terre de Saint-Quentin (copie du cart. d'Homblières, B. N., Coll. Moreau, VIII, 7). Ybert avait donc reçu du comte abbé une terre de Saint-Quentin en bénéfice. Un autre échange confirmé par le comte abbé mit les moines d'Homblières en possession d'un manse « ex beneficio Rodulph » (Hemereus, Augusta Verom., 32).
5. Bernier a demandé à la reine Gerberge « ut quamdam terrain de potestate sanctaeMariae Suessionensis monasterii puellarum, quod innostra manu tenemus de beneficio comitis Adalberti..., liceret sibi ab eodem comité impetrare » (Charte de Gerberge, 25 avril 959, H F, IX, 665). Suivant Mabillon, qui n'indique pas ses sources (Ann. Bened., XLVI, 15, t. III, 503), l'abbesse de Notre-Dame, Cunégonde à racheté aux comtes Albert et Herbert beaucoup de biens qu'ils avaient envahis.