ANJOU, POITOU
qui, par le fait de l'évêque Arduin, était au pouvoir des comtes 1. Ses fils, Thibaut et Eudes II, ont cédé à leur fidèle, le miles Gelduin des biens de la petite abbaye de Saint-Venant qui leur appartient 2. Le comte Bouchard a donné aux moines de Marmoutier l'abbaye de Saint-Ouen ; son vassal Eudes tenait des terres qui relevaient de cette abbaye et qu'il a accensés aux moines de Saint-Julien 3. Geoffroi Grisegonelle, comte d'Anjou, a donné, en qualité d'abbé de Sainte- Geneviève, des biens de la dite vierge en bénéfice à Gislard, son fidèle 4. Des biens de Saint-Aubin*devenue de bonne heure une abbaye comtale la maison d'Anjou dispose aussi à son gré 5. En 969, Grifier tient par la largesse du comte d'Anjou, Geoffroi en bénéfice des biens de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers 6.
Les comtes de Poitou font aussi abondamment usage des terres de leurs églises. Eble Manzer, Guillaume Tête d etoupe, Guillaume Fiérabras donnent en bénéfice des terres qui sont la propriété de Saint-Nazaire, du Saint-Sauveur, de Saint- Denis, de Saint-Remi 7. En qualité d'abbés de Saint-Hilaire, les comtes de Poitiers constituent des bénéfices aux dépens de la mense de leurs chanoines 8. Emma, épouse de Guillaume
1. Cf. Plus haut, p. 43, n. 5. Le fidèle d'Eudes, Rétrocus, cède à cens aux moines de Saint-Père, avec la seule approbation de son seigneur, « terram de aecclesia sancti Hilarii quae est inThevas pertinentem ad abbatiam sancti Martini » (Vêtus Aganon, IV, 4, Guérard, Cart. S. Père, 87). De même, le fidèle d'Eudes, Arduin leur cède ce que tient son propre fidèle Arnoldus « ex potestate sancti Martini », moyennant un cens qu'ils paieront « illi qui beneficium tenuerit » (7, p. 90).
2. Charte de Thibaut et Eudes : « deprecatus est nos quidam miles nostri satisque fidelis Gelduinus... ut de rébus sibi conlatis nostri servi tii debito, scilicet pertinentibus ad abbatiolam sancti Venantii et nostri proprii juris », à savoir de céder ces biens à cens aux moines de Marmoutier (Martène, Hist. Mann., Pr.,B. N. lat., 12.878, f° 53).
3. « Notum sit... quod abbatia sancti Audoeni quam Burchardus cornes dédit sancto Martino tenebat quidam suus vasallus Odo... de terra super quam fundatum est capiterium monasterii sancti Juliani, pro qua re dabant monachi sancti Juliani sex denarios de censu » (f° 56).
4. Charte de Geoffroi, mars 960 : « Gauffredus rerum sanctae Genofefae rector ... accessit ad me quidam fidelis meus nomme Gislardus, cui quidem res praedictae virginis in beneficio datas habebamus » (Tarbé, R. retrosp., 2e série, IX, 34). On a vu plus haut que bien des abbayes sont devenues église seigneuriale par l'hérédité de l'abbatiat dans une maison seigneuriale.
5. Geoffroi Martel a disposé vers le milieu du XIe siècle en faveur de la Trinité de Vendôme d'une église appartenant à son abbaye de Saint-Aubin (Halphen, Le comté d'Anjou, Catal. d'actes, 114, p. 277). Ce n'est sans doute qu'un anneau d'une longue chaîne d'usurpations.
6. « In Christi nomine, Griferius qui beneficium ex rébus sancti Mauricii Andegavensis per largitionem domni Gosfridi comitis habere videor » (Cart. Saint- Maurice d'Angers, 21, p. 51).