MONASTERES ÉPISCOPAUX
abbayes royales sont devenues l'appartenance d'un évêché ou d'une autre abbaye par l'effet d'une concession faite par le roi en toute propriété l. Les évêques réussirent, sans doute aussi par usurpation, à recueillir des monastères, que la main débilitée des monarques ne pouvait plus retenir. De même que les seigneurs s'efforçaient d'incorporer à leur beneficium les abbayes du pays, les évêques travaillaient à réunir à leur évêché celles dont souvent eux-mêmes ou leurs prédécesseurs avaient obtenus du roi la jouissance en bénéfice. Cette possession continuée à ce titre aux mains de plusieurs prélats successifs a fini par faire adjuger à l'évêché la propriété d'un monastère 2. Les communautés monastiques avaient souvent cherché à s'affranchir vis-à-vis de l'évêché à la faveur du patronage royal ; quand il se révéla inefficace, elles se tournèrent parfois d'elles-mêmes vers l'évêque ou du moins furent exposées de nouveau à subir ses entreprises. En 889, l'abbé du monastère d'Ebersmunster, qui « appartenait au droit royal », aurait prié le roi Arnoul de remettre à perpétuité à la garde des évêques de Strasbourg sa personne et son abbaye dévastée de toutes manières, afin par là d'assurer la sauvegarde du monastère 3. Suivant le chroniqueur, l'évêque a commis une usurpation, mais il l'a sans doute mise sous le couvert d'une demande de secours que lui aurait adressée l'abbé 4. Saint-Chaffre qui, au IXe siècle, avait pu maintenir contre les prétentions des évêques du Puy sa qualité de monastère royal, devient au Xe une dépendance de l'évêché 5. Les archevêques de Trêves s'efforcent, sans y réussir d'ailleurs, de se saisir de Saint-Maximin 6. Évêques et abbés,
mine moderandum destiaavit » ( Mirac. s. Theod., H F, IX, 129). Il s'agissait d'ailleurs d'un ancien monastère épiscopal soustrait précédemment à l'évêché.
1. Cf. fasc. 2, p. 9, n. 4. C'est ainsi que, à en croire Richer (Gesta Senon. eccl., II, 1, S S, XXV, 269), l'archevêque de Metz, Angilram ayant demandé à l'empereur l'abbaye de Senones, « ita monasterium quod prius impériale extiterat, ex tune manu episcopi degere compellitur. »
3. 13 juin 889 : « deprecans ut se et abbatiam suam multis modis vastatam in manus Baltramni... oommitteremus perpetuo custodiendam... Pro ejusdem abbatiae majori conservatione eam Argentinensi ecclesiae suoque possessori Baltramno episcopo ejusque successoribus committimus » (Grandidier, Hist. de Strasbourg, II, Pr. 159, p. CCXCIII). Le monastère, ajoute Arnoul, était «ad nostrum jus pertinens. »
4. Cf. Chron. Ebersh., 14, 5 S, XX III, 438. Les données du diplôme paraissant être de bon aloi, bien que l'acte, sous la forme présente, ne soit pas authentique (Cf. B M 1817).