‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 1138 sur 1164 · BÉNÉFICES TENUS DES ÉVÊQUES · texte numérisé non relu

BÉNÉFICES TENUS DES ÉVÊQUES

Lui aussi taille des bénéfices pour ses parents et ses fidèles dans l'avoir des monastères épiscopaux, au grand mécontentement des communautés. Cette distribution de bénéfices aux dépens des moines par les évêques est pratiquée surtout en Lorraine où les évêchés sont propriétaires de nombreux et riches monastères x ; mais le même abus apparaît dans toutes les régions de la Francia 2. Ainsi se perpétuent et s'enracinent

donné par les archevêques au comte de Blois, Thibaut et à son père (Chartes de l'archevêque Ardouin et du comte Thibaut, 973, Martène, Thés. nov. anecd., I, 91-2 ; et. Marchegay, Livre noir S. Florent, 44-5, Arch. d'Anjou, I, 250-1). En 949, l'évêque de Chartres dispose en faveur des chanoines de Saint-Père d'une vigne avec l'assentiment de Graulfus, «qui abbatiam sancti Carauni tenere videtur per auctoritatem nostrae largitionis » (Vet. Agan., I, 5, éd. Guérard, Cart. S. Père, I, 33). En 968( un certain Erveius, «qui abbatiam sancti Carauni per largitionem domni Odonis episcopi tenere videmur », dispose de biens « consentiente seniore nostro Odone » ; il est stipulé que les cens « ad seniorem perveniant » (II, 3, p. 57-8). En juin 969, Roricon, évêque de Laon, cède à Saint-Vincent de Laon, à la prière du noble chanoine Rainon, une terre « quam de nobis in beneficio tenebat..., hoc est dimidiam abbatiam sancti Hylarii et ecclesiam ejus cum altari ex integro ». Le frère de Rainon avait l'autre moitié (Poupardin, Cart. S. Vincent, 5, p. 188-9.)

1. L'évêque de Trêves, Ratbod a « divisé » entre les siens les biens du monastère de Mettlach (Mirac. s. Liutwini, 6, 7, S S, XV, 1263). Au cours du Xe siècle, les biens de Saint-Martin de Trêves sont « distributa... ab episcopis » (De calamitate s. Martini, p. 741). En 995, l'évêque de Verdun rend aux moines de Saint- Vanne « quaedam a malevolis subtracta et in beneficiis donata ». Plus loin, l'évêque avoue qu'il est l'auteur de leur dépossession; il s'agit en effet d'une église « quam sub tempore illo fidelissimus noster Arnulfus beneficio tenebat » (Bloch, Die àlteren Urk. S. Vanne, 31, dans les Mémoires de la soc. d'archéol. lorr., X, 415). L'évêque de Toul, Lugdelmus disposait semblablement des biens de Saint-Epvre « tanquam sua sibi accipiens et libitu disponens » (Mirac. s. Apri, 20, S S, IV, 516). L'évêque de Metz, Robert rend aux chanoines de Saint-Arnoul « quicquid et ad nostrum indominicatum per nostros seu fidèles fuerat distributum » (886, Hist. gén. de Metz, IV, 46). L'évêque Adalbéron a dû stipendier d'abord exclusivement à ses frais les moines rétablis par lui à Gorze, « quia needun facultas ei fuerat ut de possessionibus monasterii quae jam abhinc longe rétro beneficio secularium cesserant eis aliquid restitueret » (Vita Ioh. Gorziensis, 95, S S, IV, 364). Ces biens étaient tenus par des vassaux de l'évêque, en particulier Vétéranus, « miles senioris nostri domni Adalberonis,... infestus valde religioni. nostrae eo quod teneret plurimum terrae de abbatia nostra» (Vita s. Gorgonii, 15, Mabillon, A S, III, II, 191), le comte du palais Hamédéus qui retenait « longo jam rétro tempore beneficii nomine » une possession du monastère et qui, en plus du bénéfice tenu de l'évêque, occupait des biens des moines « sub precaria vel prestaria » (Vita Ioh., no, p. 368), le comte Adelbert, qui « possessionum quicquid exterius fuerat... ex beneficio episcopi cui militabat... tenebat » (36, p. 347). C'est à cet Adelbert que l'évêque dut enlever la terre même de Gorze pour la rendre aux moines, « que res utique ad vim non minimam spectare videbatur » (38, p. 348). Adalbéron pourvoyait sa famille aux dépens du même monastère. La villa de Warengeville était tenue en bénéfice par son frère Gozlin (99, p. 365). Comme ce frère lui était « carior ceteris », l'évêque ne voulait pas entendre parler d'une restitution et il fallut une intervention de saint Gorgonius pour l'y décider (Vita s. Gorg., 9, p. 189). Adalbéron avait en effet plusieurs frères à qui il n'avait rien pu donner, n'ayant ni le droit ni l'intention de déposséder ceux qui retenaient les biens de l'évêché. Aussi aurait-il voulu les substituer aux bénéficiers défunts dont les moines de Gorze réclamaient les biens (Vita Ioh., 110, p. 368). Son frère Gozlin lui répétait sans cesse que les moines avaient abondance de biens et qu'il lui fallait songer aux siens (114, p. 369).

2. On a vu, n. 2 de la p. précéd. qu'aux diocèses de Tours, Chartres, Laon, les abbayes de Saint-Loup, de Saint- Louan, de Saint-Caraunus sont tenues des évêques

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