PROTESTATION DE WALA CONTRE LE DON DE L'ÉVÊCHÉ
ses prédécesseurs immédiats ; il ne désignera plus les évêques de sa seule autorité. Incontestablement, les règles canoniques furent respectées plus souvent sous ce règne qu'elles ne l'avaient été sous les rois précédents. Mais elles ne le furent pas toujours l. Peut-être les formes seules sont-elles observées ; les évêchés sont souvent donnés après un simple simulacre d'élection, à un favori, à l'un de ces clercs du palais 2, dont l'ambition, au jugement de Wala ou de son historien, est la cause de tant d'abus 3. Lorsque l'abbé de Corbie présente, en 828, à 1 empereur le mémoire où sont dénoncés les abus qui désolent les églises et les monastères, il déplore que les évêchés ne soient pas donnés conformément à l'autorité canonique et que la règle de l'élection ne soit pas observée 4.
Ce n'est pas seulement le mode de désignation des évêques qu'incrimine l'abbé de Corbie ; le premier sans doute, bien longtemps avant les polémistes du XIe siècle, Wala dénonce comme un abus le don de l'évêché. Il ose mettre en question le droit que s'arroge le souverain laïque d'attribuer les honores ecclesiantm " « Que croit-il donner quand il distribue ces honneurs ou mieux ces charges ? Attribue-t-il les biens de ces églises ? mais ce qui a été consacré à Dieu est la propriété exclusive des églises. Prétend-il faire don des bénédictions et de l' Esprit-Saint que recevront les élus de Dieu des mains des saints pontifes ? L'empereur ne s'aperçoit-il pas qu'il sort
1. Voir les exemples donnés par M. Imbart de la Tour, op. cit., 81.
2. C'est évidemment le cas d'Aldric. Ce prêtre du diocèse de Metz est au palais depuis 4mois seulement, quand il est élu évéque du Mans par l'archevêque de Tours, le comte du Mans, le clergé et le peuple (p. 9). Il est clair que l'empereur a désigné aux électeurs ce prêtre qui leur était totalement inconnu. Louis en agit de même à l'égard d'un prêtre espagnol, Claude, «qui aliquid temporibus in palatio suo in presbyteratus militaverat honore » et dont il a fait un évéque de Turin : «Taurinensi praesulem subrogari fecit ecclesiae » (Jonas, De cultii iinag., Praef., Migne, cvi, 306 ; cf. Livre I, col. 310). Ebbon, fils d'un serf du fisc royal, avait été affranchi en récompense de ses palatina negotia et, devenu clerc, passa en Aquitaine au service de Louis dont il fut le bibliothécaire. A la mort de l'archevêque de Reims, le peuple rémois à qui Louis, devenu empereur, a concédé l'élection, élut 1111 illettré que rejetèrent les évêques : « Tune... imperatori visum est ut praefatus Ebbo ad jam dictum promoveretur episcopatum. Quod cum plebi... esset relatum, placere sibi omnes unanimiter affirmavere » (àV/jy//; ri'Çf.w7>. 5, Migne, CXXIV, 872). C'est ainsi que ce clerc palatin, probablement inconnu à Reims, devint archevêque de cette cité. Dans les dernières années de Charlemagne, le clergé et le peuple de Verdun avaient élu pour évéque Austrannus « de régis palatio, cantorem ipsius » (Gesla episc.Vtrdun., 15, SS.TV, 44).
3. Vita Walae, II, 5 : « militiam clericorum in palatio, quos capellanos vulgo vocant... qui non ob aliud serviunt nisi ob honores ecclesiarum et quaestus saeculi » (S5, II, 550).
4. II, 1 : « detestatus est quod episcopatus secundum canonicam auctoritatem non rite darentur, neque electio servaretur » (loc. cit.).