‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 177 sur 1164 · LOUIS LE PIEUX INTERDIT LA « DIVISIO · texte numérisé non relu

LOUIS LE PIEUX INTERDIT LA « DIVISIO

quence que l'Église ne souffrirait plus aucune divisio ni aucun détriment, soit en son temps, soit sous le règne de ses fils et de ses successeurs qui voudront avoir égard à sa volonté, à celle de ses ancêtres, et à l'exemple qui leur aura été donné l. Ces engagement? pris envers toutes les églises en 819, Louis les a renouvelé? parfois en faveur d'églises particulières. En pareil cas, il exhorte semblablement ses successeurs à respecter, comme lui-même, ses serments 2.

C'est la première fois qu'un souverain carolingien décrète expressément qu'à l'avenir les biens d'église resteront affectés à leur destination sacrée et qu'il n'en sera plus fait usage profane au service du roi. Bien que, par déférence envers ses parents, Louis prenne soin de leur prêter cette intention, il rompt manifestement par là avec les traditions du gouvernement de Charlemagne, de Pépin et de Charles Martel. De très bonne heure et du vivant même de Louis, ce capitulaire fut attribué à Charlemagne 3. L'ordonnance n'en devait avoir que

1. : « Tamen ut ab ecclesiasticis de non dividendis rébus illius (Ecclesiae) suspicionem dudum conceptam penitus amoveremur, statuimus ut neque nostris neque filiorum et Deo dispensante successorum nostrorum temporibus qui nostram vel progenitorum nostrorum voluntatem vel exemplum imitari voluerint, ullam penitus divisionem aut jacturam patiatur » (loc. cit). Le sens du terme « dividere » est clairement marqué par Hincmar. Charles le Chauve, dit-il, a divisé Yepiscopium de Reims. Or la divisio qu'il lui reproche a consisté à céder des biens de l'église de Reims à ses lidèles (Vita Rem., 28, SS merov., III, 324). Après avoir exposé que Charles Martel a le premier divisé les biens d'église, il raconte que Pépin, averti par Eucher de la damnation de son père, a obligé les bénéficiers à payer dîmes et nones et que Charlemagne a décidé qu'on ne diviserait plus les biens d'église (Ep. syn. Carisiac, Cap., II, 432-3). Donc le terme de divisio ne désigne pas seulement un partage méthodique et général, comme celui qui, après inventaire, fut opéré par Pépin en 751. Louis le Pieux s'engage à ne plus séculariser aucun bien d'église à l'effet de constituer des bénéfices. Sur le sens du mot « dividere », voir Ribbeck, Die sogenannte Divisio , Append. II, 103 et suiv.

2. 19 mars 830 pour Saint-Bertin. L'empereur exhorte ses successeurs à respecter la concession qu'il a faite à la communauté de Sithiu. Que, comme lui, ils ne fassent aucun partage dans les monastères, cellae, nUac ou autres propriétés des moines, qu'ils ne permettent pas qu'il en soit fait, qu'ils ne détournent pas ces biens à des usages profanes (Folquini chartul., Sithiense I, 60, éd. Guérard, Cart.. S. Berlin, 78).

3. Par inattention sans doute, Anségise, qui met en ordre les Capitularres, insère le capitulaire ecclésiastique de 818-9 et par conséquent l'article de non dividendis rébus ecclesiae au Ier livre (77, Cap., I, 405) qui renferme exclusivement, dit-il, les capitulaires de Charlemagne. L'erreur est d'autant plus surprenante que le compilateur forme sa collection en 827, huit ans seulement après la promulgation de ce capitulaire et que, dès 829, Louis le Pieux se réfère à ce recueil qui prend dès lors un caractère officiel. Aussi Hincmar ne doute pas que la défense de diviser les biens d'église n'ait été portée par Charlemagne (Voir les textes cités par Boretius, I, 387-8 et notre article, La lettre interpolée d'Hadrien I, dans Le Moyen âge, 1913, p. 393-4). Sur la fui d' Anségise et d'Hincmar, plusieurs érudits ont cru que Charlemagne avait publié déjà cette série d'articles. Boretius (loc. cit.) a montré que leur sentiment n'est pas défendable, que Louis le Pieux a, le premier, arrêté ces dispositions et que l'erreur est imputable à une négligence dont Anségise a donné d'autres preuves.

150 LOUIS s'abstient-il de séculariser ?

plus d'autorité aux yeux du clergé. Désormais il opposera le nom et la volonté du grand empereur aux rois qui ne feront pourtant que renouveler se^ pratiques, mais au mépris de la solennelle promesse faits par Louis le Pieux en leur nom comme au sien propre

Le patrimoine des églises que Louis proclame inviolable, a-t-il été du moins épargné sous son règne ? Au temps où il gouvernait l'Aquitaine, il ne s'était pas, semble-t-il, entièrement abstenu de puiser dans le temporel ecclésiastique pour rémunérer les services de ses fidèles. C'était là, eu égard aux besoins du royaume, pratique tenue pour régulière et légitime ; docilement le jeune roi suivait les règles de gouvernement que son père lui traçait et sans doute lui imposait 1. Il n'eût pas eu à dissiper les soupçons du clergé, si son attitude antérieure n'y avait donné quelque prise. Un article de l'ordonnance de 819 rappelle les spoliations que la pression des besoins publics a fait récemment infliger à certaines églises 2. Ces sécularisations peuvent se rapporter soit aux premières années du règne de l'empereur Louis, soit aux derniers temps du règne de Charlemagne dont la mort ne date que de cinq années. Vraisemblablement, le détriment que Louis se propose de réparer, a été porté à ces églises du vivant de son père et lui-même s'est gardé, dès son avènement à l'empire, des agissements que réprouve le capitulaire de janvier 819. En 817, il interdisait aux rois, ses fils, de diviser le temporel des églises ; quelle eût été l'autorité d'une telle prescription si l'empereur eut donné l'exemple des sécularisations ? Un contemporain l'a mis du reste hors de cause. En 823, dans une grande assemblée où point n'est besoin de ménager le prince absent, Agobard qui s'élève contreces spoliations, dit expressémentqu'elles ne sont pas imputables à l'empereur régnant mais à ses prédécesseurs seuls 3. L'archevêque de Lvon consignait lui-même cette déclaration dans un traité composé au cours de cette année ou de l'année suivante. Si l'empereur Louis n'avait renoncé à céder en bénéfice des biens d'église qu'à partir de janvier 819, Agobard n'eût pu tenir et publier ce propos.

Le témoignage ainsi rendu à Louis établit qu'en 823 il restait fidèle à la promesse faite de ne plus partager les biens des églises. Cinq ans plus tard, à Aix, en présence du souverain

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