ÉVÊCHÉS DONNÉS A DES LAÏQUES
familles passées à la cause qui triomphait. Milon et avant lui sans doute son père ont mérité par leurs bons offices que Charles leur abandonnât le siège de Reims enlevé à Rigobert. Ni l'aristocratie franque, ni le maire du palais n'avaient égard à la moralité du personnage qui prétendait s'asseoir sur un siège épiscopal. Peu importait son genre de vie ; il semblait même préférable qu'on pût attendre de lui des services d'ordre militaire ; il ne parut même plus nécessaire qu'il ait reçu les ordres ecclésiastiques. La plupart des sièges épiscopaux, écrit saint Boniface en 742, ont été récemment mis en la possession de laïques cupides, ou livrés à des clercs adultères, débauchés et publicains pour en jouir d'une manière séculière 1. En Bourgogne, dans la première moitié du VIIIe siècle, chaque fois que meurt un pieux évêque, on s'attend qu'un séculier prenne la place du pasteur, comme la coutume s'en est établie et par suite que les biens donnés aux pauvres soient distribués non plus au clergé mais aux vassaux du prélat, dépensés pour l'entretien des chasseurs, des chiens et même des femmes de mauvaise vie 2. On constate, en effet, que des évêchés ont été donnés à des laïques, suivant l'expression d'Hincmar 3 ou usurpés par eux. Au temps de l'abbé d'Indre, saint Herbland, mort vers 720, Agathéus, comte de Nantes et de Rennes, occupait dans ces deux villes la place de l'évêque 4. Le 5 Mars 723, un laïque, Charivius, avait le gouvernement de l'église mère du Mans ; lui et son père, le comte Roger, l'ont saisi à la mort de l'évêque Herlemond qui vivait encore en Juin 721 5.
1. Ep. 50: «Modo autem maxima ex parte per civitatesepiscopalessedes traditae sunt laicis cupidis ad possidendum vel adulteratis clericis, scortatoribus et publicanis, seculariter ad perfruendum » (Ep., m, 299).
2. Une formule tirée d'un privilège délivré aux moines de Flavigny par l'évêque diocésain, peu après la fondation du monastère (719) expose qu'il importe de définir les droits des religieux « ob hoc maxime, quia solet contingere ut, morientibus religiosis episcopis, pastoralem locum suscipiant seculares et rébus quae pauperibus fuerunt condonatae. majus per gasindus quam per sacerdotes dispergatur et, ecclesiastica vita neclecta, conlata bonorum magis per venatores et canis et, quod est gravius, per meretrices expendantur » (Coll. Flavin., 44, Zeumer, Form., 481). On en peut conclure qu'Autun a encore un évêque religiosus, lequel craint qu'à sa mort, son siège ait le sort de beaucoup d'autres. Cf. Brunner, Zur Gesch. des Gefolgswesens, dans les Forsch. deutsch. Recèles, 82.
3. :« episcopisin paucis locis residuis episcopia laicis donata » (De jure metrop., 20, Migne, cxxvi, aoo Vita Remizii, Préf., SS merov., m, 251).
4. Vita s. Herbl., 28 : « Namneticae et Redonicae cornes, locumque episcopatus in praedictis occupans urbibus » (Mabillon, A. S., III, P. 1, 37^).
5. Au mois de juin 721, Thierry IV délivrait un diplôme à Herlemond (Actuspont. Cenom., 15, éd. Busson, Ledru, 240). Un diplôme du même roi du 5 mars 723 a été accordé à l'église du Mans à la prière de l'« illuster vir Charivius, qui matrem aecclesiae Cenomannice... in regimine habere videtur » (p. 242*. Le texte du diplôme que