‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 20 sur 1164 · ÉVÊCHÉS OCCUPÉS PAR CLERCS SOLDATS · texte numérisé non relu

ÉVÊCHÉS OCCUPÉS PAR CLERCS SOLDATS

Quand les sièges épiscopaux étaient remis à des clercs, ceux-ci, au témoignage de saint Boniface, étaient le plus souvent de mauvaises mœurs et jouissaient de leur dignité à la manière des gens du siècle. Des diacres qui, au su de tous, Ont plusieurs concubines, sont élevés à la prêtrise et même à l'épiscopat. Il se trouve des évêques qui disent n'être ni fornicateurs ni adultères, mais que n'anime aucun zèle, qui boivent, chassent, servent à l'armée comme des laïques et ne répugnent pas à verser le sang humain 1. Milon, clerc par la tonsure, laïque sans religion par ses mœurs et toute sa conduite, retint pendant quarante ans les évêchés de Reims et de Trêves 2. Peu de temps après la mort de Charles Martel, Gérold, évêque de Mayence, clerc adultère et homicide, serait tombé les armes à la main dans une expédition contre les Saxons et aurait eu pour successeur son fils Géwilib, lui-même homicide et faux évêque 3. Des clercs qui, suivant

conservent les Actus joint au nom de ce recteur de l'évêché celui de l' évêque Herlemond, mais le verbe au singulier « nobis suggessit » montre que l'un des deux noms est de trop ; comme celui de Charivius reparaît seul plus loin et par deux fois, on peut en conclure que le nom d'Herlemond a été ajouté au texte authentique; qu'il était mort à cette date et que son église avait passé aux mains d'un laïque. C'est ce qu'expliquent d'ailleurs les Actus : « Post obitum... Herlemundi, cessavit épis copatum annos aliquos, propter imminentes seditiones et rixas... Ipsum scilicet episcopatum Rothgarius, quidam cornes et filius ems Karivius tirannica potestate et res et cellulas... episcopi sub eorum potestate tenebant et populus episcopali o:'"5cio indige^at » (16, p. 244-5).

1. Bonil. ep.\ 50 : « Et inveniuntur quidam inter eos episcopi qui, licet dicanc se fornicarios vel adultéras non esse,'sed sunt ebriosi et incuriosi vel venatores et qui pugnant in exercitu armati et effundebant propria manu sanguinem hominum, sive paganorum, sive christianorum » (p. 300).

2. : « Miloni cuidam, sola tonsura clerico, nihil sapienti de ordine ecelesiastico » (Lettre d'Hadrien à Tilpin, art. cité, p. 34c, ci. p. 341) ; « Milo quidam tonsura clericus, moribus> habitu et actu inreligiosus laicus, episcopia Remorum ac Trevi rorum usurpans insimul » (Hincmar, De jure metrop., 20, co1. 200 ; Vita Rem., Pref., P- 251).

3. La lettre du 31 oct. 745 adressée à saint Boniface par le pape Zacharie fait allusion -1 la déposition de Géwilib, séducteur « qui antea false episcopi honore fungebatur » (p. 325). Un peu plus haut (p. 324), le pape parle «de illo... falso episcopo » que Boniface lui a dit être « adulterati clerici et homicidae filius in admterio natus et absque disciplina nutritus » et dont il lui a rapporté « cetera mala et horribilia » . Suivant la conjecture de M. Hauck (1, 325, n. 4), il s'agit ici du même Géwilib, lequel serait fil? d'un clerc, homicide comme lui. L'hypothèse est autorisée parle récit qu'Othlon au XIe siècle (Vif a Boni f., 1,37, Mabillon, A. S., iv, P.n, 47) et l'historien mayençais anonyme de saint Boniface (1, SS, 11, 354)- tirent d'un poëme latin (cf. Hauck, loc. cit.). Gérold, évêque de Mayence, serait tombé en combattant contre les Saxons. Son fils Géwilib, alors laïque et résidant au palais, fut ordonné clerc et donné comme successeur à son père. Au cours d'une autre campagne contre le même peuple, Géwilib aurait abattu de son épée le meurtrier de son père et c'est pour cette raison que Boniface l'aurait déposé, bien que par ailleurs il ait été de mœurs honnêtes et qu'on ait pu lui reprocher seulement de faire de la chasse son divertissement favori. La liste des évêques de Mayence (SS, xiii, 314) donne en effet Gérold comme prédécesseur à Géwilib. M. Hauck (loc. cit.) croit que le poëme où les deux biographes ont puisé rapportait au temps de Charles Mar-

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