DÉFENSE PRÉSENTÉE PAR AGOBARD
A ces conditions, personne ne pourra lui disputer le droit de garder tout ce qu'elle détient de leur fortune.
L'empereur prit connaissance du travail de ses conseillers ; il réfléchit mûrement à la question. Les conclusions qui lui étaient soumises répondaient à ses vues ; pourtant il ne jugea pas à propos de les transformer en articles d'un capitulaire impérial. Louis s'attacha, autant qu'il était en lui, rapporte Agobard, à rétablir la paix quelque peu troublée par ces discussions, à faire régner la concorde entre les évêques et les comtes 1. Il s'efforça de faire comprendre et admettre les vues exposées par ses conseillers, de persuader les esprits. Tl crut y avoir réussi, se tint pour satisfait d'avoir apaisé la querelle 2, mais ne jugea pas prudent de proclamer dans un capitulaire le principe que toute occupation des biens d'église est. illégitime et coupable 3. Agobard pensait que les comtes et les grands avaient compris la pensée de l'empereur, s'étaient inclinés devant ses raisons et ses volontés et que la querelle prendrait ainsi fin. Mais ses adversaires ne désarment pas ; ils enflent la discorde et prétendent qu'en présence de l'empereur ils n'ont nullement souscrit un accord. Vraisemblablement, on refuse d'admettre qu'il y ait faute à retenir des biens ecclésiastiques dont on a été pourvu par la largesse du souverain. Agobard ne peut que s'en remettre à Dieu et à l'empereur 4. A l'heure où, en manière d'apologie, il compose son traité des biens ecclésiastiques, à la fin de l'année 823 ou au cours de 824, l'agitation, loin d'être calmée, est au paroxysme; on le poursuit de malédictions comme l'instigateur du mouvement. Des hommes illustres et honorés, qui résident en Septimanie et en Provence, ne cessent, écrit-il, de me poursuivre de traits acérés, sans d'ailleurs pardonner aux autres, sous prétexte que nous, évêques, et moi en particulier, avons
1. 6 : « Hanc rem cum doninus imperator audiret atque perpenderet, volens eam deducere ad tranquillitatem pacis que ad modicum turbata fuerat, quantum in se fuit, fecit uniri episcopos et comités in consensum et pacem » (p. 168).
2. : « Ex hoc itaque putavi ego quod eodem modo quo domnus imperator pensavit atque intellexit rationem, soporirique fecit dissensionem ».
3. Suivant Simson (Jahrb. Ludwig d. Fromm>, I, 305), on n'osa pas porter un règlement positif sur la question. Ni Agobard, ni les primores regni ne réclament un règlement positif ; ils tiennent pour impossible une restitution intégrale ; mais ils sont d'avis d'inculquer aux esprits les « delicta de rébus sacris inlicite usis », et cette définition pouvait faire l'objet d'un article de capitulaire. Vraisemblablement, l'empereur n'a pas voulu irriter les grands laïques par une telle publication.
4. : « incoatam discordiam magnificant et de concordia in conspectu domni imperatoris nihil se audisse vel intellexisse dicunt... Verum quia in his neminem illorum aut mitigare possumus aut exasperare volumus, dimittimus causam Deo » (loc. cit.).