Cf. plus haut, p
4. 2 : « Quod si res domino jure eleemosynarum légitime consecratae sunt, ecclesiarum ejus sunt, quia suis pauperibus et specialiter sibi servientibus legaliter datae sunt..., facultas (ecclesiarum) nihil aliud est quam pretia peccatorum, vota fidelium, patrimonia pauperum. Idcirco quod semel légitime consecratum est Deo in suis militibus et pauperibus ad usus militiae suae libère concedatur ».
5. : « Habeat igitur rex rempublicam libère in usibus militiae suae ad dispensandum, habeat et Christus res ecclesiarum, quasi alteram rempublicam, omnium indigentiuin et sibi servientium usibus, suis commissam ministris fidelibus » (P. 548).
164 OPPOSITION FAITE A WALA
L'écoulement des ressources ecclésiastiques vers des besoins d'ordre profane au gré des intérêts publics, trouble la société ecclésiastique et laïque. D'une part, en effet, les ministres du Christ, crainte de perdre ces biens, se livrent à des occupations qui ne conviennent pas à leur caractère. Wala veut sans doute faire entendre par là qu'ils s'adonnent à des soins séculiers, entreprennent de servir le prince, afin de ne pas donner prétexte à la raison d'État qui travaille à les déposséder. D'autre part, les laïques, enflammés de convoitise à l'égard des biens de Dieu, les pillent en alléguant l'autorité royale K
Quand Wala eut achevé ce rapport, dont personne, assure son historien, n'osa contester la fidélité, de violentes discussions s'engagèrent. Tous, et en particulier les ecclésiastiques, se mirent à rechercher comment on pourrait maintenir la dignité et l'honneur des églises sans rompre avec les pratiques dénoncées par Wala ; ils s'insurgeaient contre ses conclusions, comme s'ils n'eussent pas lu les décrets des saints pères 2. Les laïques convenaient des faits et des principes exposés. Mais puisque Ja république, affaiblie par toutes sortes de maladies, ne peut plus se suffire avec ses propres forces, il faut bien, ajoutaient-ils, que nous, ses défenseurs, pour l'entretien des armées fassions usage des biens de l'Église et que ses ressources nous viennent en aide. Ils pressaient l'abbé de Corbie de mar-
i. 2 : v dum et saeculares ad divina diripienda indebite se ingerunt. Sacerdotes vero Christi... ad exteriora de intimis se ejiciunt... quaravis scriptum legant, quod nemo militans Deo implicat se negotiis saecularibus. Hinc pessima praesumptio nascitur et confusio..., dum àut mii)istri Christi facultatibus rerum ne amittant illecti, ad ea quae sibi non expediunt, expelluntur aut saeculares concupiscentiarum succensi aestibus, quae Dei sunt, quasi auctoritate regia defensi... diripiunt. Quibus ita corarn rege et coram Christi praesulibus et principibus terrae ad liquidum explicitis, nullus eorum abnegavit» (p. 548-549). PaschaseRadbert, qui fait parler ailleurs Wala en style direct, répond ici pour son propre compte aux observations de son interlocuteur sur la conduite des princes de son temps. La phrase qui termine cet exposé (quibus ita coram rege... explicitis), marque que Paschase ne s'inspire pas seulement des préoccupations des réformateurs de son temps, mais qu'il se fait aussi l'écho des sentiments de Wala et le rapporteur des propos tenus par lui à Aix.
2. 3 : « Tune omnes coeperunt, maxime ecclesiastici viri quaerere et contradicere quomodo aliter dignitas et honor ecclesiarum stare potuisset, ac si décréta sanctorum patrum non legissent » (p. 549). Les ecclesiastici viri dont il est ici question, ce sont sans doute ces clercs du palais dont Wala dénonce l'avidité. Suivant PaschaseRadbert, l'assemblée comptait des ecclesiarum praesnles (cf. n. précéd. et p. 163, n. 1) et des pontiftees (plus loin p. suiv. n. 3). L'empereur envoie aux évêques une circulaire où il leur fait part des décisions prises dans cette petite réunion et où il les invite à rechercher de leur côté les abus qui demandent correction (Cap., Il, 4). On peut en conclure qu'un très petit nombre seulement furent présents à l'assemblée. Vraisemblablement les évëques n'étaient pas du sentiment de ces ecclesiastici viri. Ils avaient, cinq ans plus tôt, partagé le sentiment d'Agobard. On verra que Wala semble inviter les sancti pontifices à faire des concessions aux milites
CONCESSIONS DE WALA 165
quer clairement où il en voulait venir 1> prêts sans doute à étouffer de leurs clameurs la conclusion pratique des principes énoncés, à savoir qu'une intégrale restitution s'impose.
Wala leur répondait : « Je m'étonne que vous réclamiez de moi d'autres éclaircissements. Voici que notre roi ne craint pas d'employer à ses usages et à ceux de ses serviteurs une large part des biens des églises. Or les saints pères interdisent sous peine d'anathème que les biens d'église soient usurpés par violence ou en vertu de l'autorité d'un magistrat 2». Les sécularisations tenues pour légitimes parles contradicteurs de Wala, ont exactement à ses yeux le caractère du sacrilège commis par un larron qui dépouille l'autel de l'offrande déposée par un fidèle 3. Tous ceux qui usurpent les ressources de la république sainte et la solde de la milice sacrée, qui font main basse sur des biens appartenant à Dieu et aux églises, sont des voleurs sacrilèges4.
Néanmoins, pas plus qu'Agobard, Wala n'osait conclure à l'abandon complet de pratiques invétérées et exiger la restitution des biens d'Église mis aux mains des grands laïques : « Si l'État, comme vous le dites, ne peut subsister sans le secours des biens ecclésiastiques, il faut du moins chercher une mesure et une méthode qui se concilient avec le respect et la religion dûs à la foi chrétienne. S'il est nécessaire que vous et les vôtres receviez des églises quelque bien, tenez qu'elles vous l'ont concédé afin que vous preniez leur défense ; n'en faites pas le butin de vos rapines . Quant aux saints pontifes présents à cette assemblée, s'il leur faut faire une part à la milice du royaume, qu'ils y consentent ; ils sacrifieront raisonnablement quelques biens afin de se dérober par là à l'obligation de s'occuper par eux-mêmes des choses du siècle 5 ».
i. : « Licet ita sint omnia, quia respublica multis attenuata de causis per se sufficere non valet, nobis cum rébus ecclesiasticis et militibus agendum est nosque suffragio facultatum earum juvandi, quapropter pande quod moliris» (loc. cit.).
2. : « Miror quid requiritis. Ecce rex noster de facultatibus ecclesiarum inulta in suis suorumque praesumit usibus ; sanctorum autem patrum anatbemata... con' demnant, si res ecclesiarum vi aut potestate fuerint usurpatae ullius judicis » (loc. cit.V
3. : « Cogitate si aliquis fidelium sua vota super altare Deo detulerit... ; veniens autem quilibet temere vi aut furto ea quae delata vel consecrata sunt, rapuerit : super hoc, quaeso, vitium hujus facti quale sit, censeatis ? Qui simul... sacrilegium esse sanxerunt ».
4. 2 : « qui ea quae Dei sunt et ecclesiarum defraudantur in quibus sacrilegia copulantur » (p. 548).
5. 3 : « Idcirco, ut dicitis, si respublica sine suffragio rerum ecclesiarum subsistere non valet, quaerendus est modus et ordo cum summa reverentia et religione ehristianitatis, si quid vos vestrique ab ecclesiis ob defensionem magis quam ad rapinam accipere debeatis... Porro isti sancti pontifices si quid ad usus militiae exhibendum est, sic exhibeant et sic fiât rationabiliter in quibuslibet rébus, ne ipsi cogantur ad saecularia transvolare » (p. 549).