‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 21 sur 1164 · ÉPOQUE OÙ LES ÉVÊCHÉS SONT USURPÉS · texte numérisé non relu

ÉPOQUE OÙ LES ÉVÊCHÉS SONT USURPÉS

l'expression de saint Boniface, ont reçu des évêchés pour en jouir comme les séculiers ne prenaient peut-être pas toujours le soin de se faire conférer le sacre épiscopal et au même degré que les laïques sont détenteurs illégitimes du siège \ Souvent plusieurs évêchés sont occupés en même temps par ces laïques ou ces clercs indignes 2.

Au rapport de saint Boniface, de tels abus n'ont été commis que récemment 3. Les sièges épiscopaux n'auraient-ils été abandonnés à des laïques qu'au temps de Charles Martel ? Mais le missionnaire anglo-saxon ne prononce pas son nom et ne précise pas les origines d'une pratique que Charles n'a

tel la mort de Gérold. Suivant l'historiographe mayençais, tous les événements qu'il raconte (et non pas seulement la mort de Gérold) se produisent «temporibus Karoli qui senior dicitur et Pippini fratris ejus ». Si le Charles senior pourrait être Charles Martel, le frère de Pépin est certainement Carloman. D'après la même source, Géwilib est parti en campagne contre les Saxons, peu de temps (non multo post) après le décès de son père et sa propre élévation. En 745 en effet, Carloman fit une expédition contre les Saxons qui paraît n'être pas la première : « Evoluto triennio iterum Carlomanuus confinium Saxonum... inrupit » (Fredeg. contin., 27, SS merov., 11, 180). Les Ann. Guelferbyt.^ 741, 743, 745, SS, 1, 27) signalent en effet trois engagements avec les Saxons au début du principat de Carloman et Pépin. C'est sans doute lors de l'un des deux premiers que Gérold fut tué. Carloman qui n'a pas encore appelé Boniface et ne songe pas encore à la réforme aura donné le siège de Gérold à son fils.

1. C'est peut-être le cas de Milon de qui il est dit simplement qu'il était clerc par la tonsure. D'autres ont certainement reçu le sacre ; Boniface déplore en effet que des diacres fornicateurs puissent « per gradus singulos » s'élever jusqu'à l'ordre épiscopal : « ordinantur et nominantur episcopi » (p. 300).

2. Savaricus fut probablement évêque d'Orléans et d'Auxerre (cf. plus haut p. 12); le comte Agathéus, au temps de Pépin d'Héristal jouit probablement des évêchés de Nantes et de Rennes (Vita Herblandi cit.). Suivant les Gesta Treverorum (24, SS, vin, 161), Léodonius, déjà évêque de Trêves, fut en outre élu par le peuple de Reims et par celui de Laon. L'historiographe ajoute qu'il mourut à Reims et que sa dépouille fut transportée par les soins de son fils Milon de cette ville au monastère de Mettlach. Flodoard, à la vérité, ignore qu'il ait occupé le siège de Reims ; mais on peut avec Ribbeck (n. 8 de la p. 89) conjecturer qu'après l'expulsion de Rigobert (717), Charles Martel lui céda l'évêché vacant et que le fils de Léodonius, Milon, recueillit à sa mort, avant 722, les deux évêchés de Trêves et de Reims. Suivant les Gesta, Milon les obtint en récompense de ses services guerriers ; peut-être son père les avait-il occupés déjà au même titre. Milon ayant seul rencontré l'opposition de Boniface, on s'explique, remarque justement Ribbeck, que le souvenir de son père se soit perdu à Reims. Un neveu de Charles Martel, Hugues, lequel d'ailleurs a laissé le souvenir d'un pieux prélat, dut à la faveur de son oncle « factione patrui sui, extra décréta tamen canonum », les évêchés de Rouen, Paris, Bayeux (Gesta abb. Fontan., 8, SS, 11, 280). Gérold et Géwilib se sont succédés sans doute àWorms,en même temps qu'à Mayence. Le fait que dans la liste des évêques de Worms apparaissent à la suite ces deux noms, donne bien à penser, comme l'a observé Ribbeck (p. 89) qu'il s'agit des deux personnages, le père et le fils, qui occupèrent le siège de Mayence avant Boniface. Ribbeck (op. cit., p. 88) observe que les listes épiscopales de ce temps donnent souvent les mêmes noms d'évêques. Il peut soit s'agir d'un même personnage détenant plusieurs évêchés soit d'évêques homonymes.

3. Ep. 50. L'expression « modo qui s'applique à la tradition des sièges épiscopaux à des laïques ou à des clercs indignes, paraît être en opposition avec les « plusquam octoginta annos » qui se sont écoulés depuis les derniers synodes.

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