CHARLES MARTEL ET L'USURPATION DES SIÈGES
probablement pas inaugurée. L'usurpation des sièges de Nantes et de Rennes par le comte s'est peut-être produite avant la mort de Pépin d'Héristal (16 Dec, 714). La tradition rapportée vers le milieu du IXe siècle par un clerc manceau n'attribue pas au maire du palais l'établissement d'un laïque sur le siège épiscopal du Mans, mais porte cet abus au compte du désordre qui régnait alors et à la tyrannie du comte du pays. Hincmar met le premier en cause Charles Martel ; c'est, dit-il, en son temps, à cause de sa rivalité avec Raginfride et des guerres civiles que la religion est abolie au point que des évêchés soient donnés à des laïques \ A entendre Hincmar, au reste, le siège de Reims fut usurpé par Milon 2. La mémoire de Charles n'est d'ailleurs expressément chargée du méfait que par le biographe de saint Rigobert, à la fin du IXe siècle. Charles Martel, dit-il, plus audacieux que tous les rois venus avant lui, donna non seulement cet évêché de Reims mais les autres évêchés du royaume à des laïques et .à des comtes 3. Aucun contemporain n'a défini sur ce point son rôle ; il se précise seulement dans les documents à mesure qu'ils s'éloignent de son temps. Vraisemblablement dans bien des cas, Charles attribua lui-même des évêchés, soit à des laïques, soit à des clercs qui vivent comme eux ; mais il n'est pas sûr qu'il ait pris le premier un tel parti. Maints sièges épiscopaux ont été accaparés par l'aristocratie militaire qui s'est attachée à sa fortune ; les grands les ont saisis avant qu'il ait pris possession du palais ; sous son principat, ils les usurpent peut-être quelquefois à son insu ; le plus souvent sans doute ils s'emparent avec sa permission ou obtiennent expressément de lui l'évêché convoité ; ils ne le retiennent dans tous les cas que de son gré 4.
L'attribution du siège à un laïque laissait vacante la charge