‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 221 sur 1164 · AFFAIBLISSEMENT DES ROIS · texte numérisé non relu

AFFAIBLISSEMENT DES ROIS

obligé Lothaire I, déclare ce prince., à prendre à l'église de Trêves le monastère de Metlach cédé par lui à Guy de Spolète * : « Notre père, écrit Lothaire II, en raison de l'exiguité de ses États, n'avait plus de quoi rémunérer les services de ses fidèles ; cette urgente indigence l'a contraint d'enlever Vabbatia de Saint-Epvre à l'église de Toul, afin d'en faire des bénéfices à ses fidèles. Puis il l'a restituée à l'église. Mais lorsque nous lui eûmes succédé, il advint que le royaume, loin de s'accroître, fut encore diminué 2». Lothaire II, qui a partagé les États de son père avec ses deux frères, s'est ainsi trouvé forcé de mettre encore la main sur cette abbaye. C'est aussi l'exiguité de son royaume qui, à l'entendre, l'a contraint de distribuer en bénéfice à ses fidèles une partie des biens du monastère de Stavelot 3.

D'autre part, les rivalités des rois et l'affaiblissement continu du pouvoir royal ne permettent plus aux souverains de refuser à leurs serviteurs les biens d'église qu'ils leur réclament. C'est probablement pour cette raison que Lothaire déclarait à son père qu'il ne pouvait se dispenser de garder des biens d'église 4. Au temps de leur querelle, les fils de Louis, pour ne pas rejeter leurs fidèles vers un rival, ont dû céder souvent malgré eux à d'injustes demandes qui, suivant le chroniqueur de Saint-Bénigne, ont coûté très cher au monastère dijonnais 5. En Décembre 844, les évêques exhortent Charles le Chauve à ne pas permettre qu'on lui demande ce qu'il ne convient pas à sa majesté d'accorder et à faire fi des visages irrités par son refus 6 : « Vous nous aviez bénignement concédé Saint-Josse, écrit Loup au roi, mais à la persuasion de ceux qui ne craignent pas de s'enrichir en offensant Dieu, vous avez été contraint d'accomplir le vœu des séculiers au

1. 29 août 842 : " nos propter arduam et strictam regni nostri partem angustati et constricti » (Beyer, UB. mittdrh. Temt., 69, p. 77).

2. 6 août 858 : imper ob minoritatem regni carens ubi vel unde suorum fidelium devotissimum famulatum remuneraret, ab ecclesia sancti Stephani, urgente indigentia cellulam sancti Apri... accipiens, fidelibusque suis jure beneficiali praebuerit... Nobis itaque in regno succedentibus, non minima sed major accidisse cernitur regni diniinoratio » (H F, vin, 405).

3. 13 avril 862 : « necessitate compulsi, propter parvitatem ipsius regni » {Chartes de Stavelot, 34, p. 82).

4. Cf, plus haut, p. 172, n. 6. D'après le diplôme suspect en faveur de l'église de Reggio du 17 août 839, Lothaire, en raison de la grande détresse de son armée, a été obligé de s'assurer de la fidélité des siens en leur accordant des biens d'Église (B.M 1064).

5 : «ne alter e: praeferatur,... injustis aliquando petitionibus, invito nihilominus aliquoties animo, favere cogebantur » (Chron., cité plus haut, p. 181, n. 3).

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