NÉCESSITÉ DE SATISFAIRE LES FIDÈLES
sujet de la dite cella » *. Hincmar prend soin aussi d'excuser son maître. Il a cédé des monastères à des laïques, par inexpérience de jeune homme, par faiblesse, cédant à des suggestions cauteleuses, mais aussi à des menaces. Les postulants lui déclaraient que, s'il ne leur abandonnait pas ces lieux sacrés, ils déserteraient sa cause et que son royaume lui Serait enlevé par l'un de ses frères 2. Le document où s'exprime ainsi l'archevêque, est adressé précisément à Louis le Germanique qui, envahissant les États de Charles, cherche à gagner les fidèles de son frère en leur abandonnant des honneurs ecclésiastiques.
Dans tous les conflits qui mettent aux prises soit les Carolingiens entre eux, soit d'une part un roi et d'autre part des partis de factieux, c'est, en distribuant largement églises et biens d'églises que les souverains s'attachent leurs fidèles et réussissent à les garder ou à en gagner. Charles le Chauve, fuyant devant son frère, a dû mettre à la charge de l'évêché de Laon nombre de ses hommes, en alléguant la détresse où il se trouvait réduit 3. Dans la politique des rois du IXe et du Xe siècle, tout est subordonné, le respect de la discipline ecclésiastique comme les droits de la couronne, à la nécessité d'acquérir ou de retenir les fidèles. Le roi Raoul eut voulu rendre aux chanoines de Saint-Symphorien d'Autun le bénéfice d'un fidèle qui venait de mourir. Mais un certain Aldéric convoitait le bien : « Voulant l'attirer dans notre fidélité, nous lui avons fait remettre ce domaine à titre de précaire 4 ».
Le démembrement de l'empire carolingien provoque le renouvellement des sécularisations, non seulement en diminuant les ressources des rois réduits à se disputer la fidélité des grands, mais en distribuant entre plusieurs royaumes les biens d'une même église. Comment, en effet, un roi besoigneux eût-il résisté à la tentation de se saisir des propriétés qu'une église étrangère possède en son royaume, d'évincer
i. Lupi ep. 71 : « Eorum (Louis le Pieux et Judith) elemosinam primo bénigne concessistis, novo etiam praecepto firmatis : sed postea ad persuasionem eorum qui cum Dei ofïensione non timent ditescere, evacuata duplici elemosina votum secularium de memorata cella implere coacti estis » (Ep. vi, 68).
2. Ep. syn. Carisiac, 8 : «frater vester dcminus noster, partira juventute, partira fragilitate, partira aliorum callida suggestione etiam et minarum necessitate — quia dicebant petitores, nisi eis illa loca sacra donaret, ab eo deficerent et ipse aliquando per vos, sicut nunc patet, aliquando per fratrem vestrum, regnum destitutus
eis perderet » (Cap., 11, 434).