EN GERMANIE, EN PROVENCE
années de son épiscopat, déclare-t-il, Lothaire et Louis le Germanique ne cessaient de lui tendre des embûches et, à cette occasion, les biens de l'église de Reims ont commencé d'être usurpés par beaucoup de gens 1. L'archevêque entretient ses correspondants des biens qui appartiennent à son église en Thuringe. Son ami Erluin est prié de s'entremettre près de Louis, afin que le roi fasse rentrer l'église en possession des propriétés qui lui ont été ravies 2. Hincmar obtient enfin du roi de Germanie restitution de biens sis au pays de Worms, dans les Vosges, en Thuringe, en Austrasie 3. Vrai semblablement, les fidèles du prince avaient, d'accord avec lui, fait main basse sur ces domaines. Chaque fois qu'Hincmar est en mésintelligence avec Lothaire, les biens de l'église de Reims, sis dans les États de l'empereur, sont attaqués4. Plus tard, Nicolas I réprimande Lothaire IT qui a pillé les domaines sis dans son royaume et dont l'église de Reims était propriétaire 5.
La menace d'une confiscation plane sans cesse sur les domaines qu'une église possède dans les États d'un roi étranger. Gérard, comte de Lyon, serviteur de la famille de Lothaire I, et possessionné surtout dans les États des princes de cette maison, avait fondé, vers 860, sur des terres dont il était propriétaire au royaume occidental les abbayes de Vézelay et de Pothières. Le comte en a fait don à l'église romaine par dévotion envers les Saints Apôtres et peut-être aussi pour les mieux mettre à l'abri des entreprises de Charles le Chauve. On prête à ce roi l'intention d'envahir le royaume de Charles de Provence dont Gérard est le serviteur. Celui-ci s'attend que l'un des premiers actes d'hostilité soit la saisie des deux abbayes. Il avertit l'influent archevêque de Reims qu'en pareil cas on usera de représailles. Le comte, à son grand regret, devra mettre la main sur les biens des sujets du roi de Francia, c'est-à-dire évidemment sur les propriétés que l'église de Reims possède en Provence. Hincmar défend son maître de nourrir de si noirs desseins ; si des gens usurpent au péril de leur âme les biens d'une église, ce ne sera jamais le fait
1. De jure metrop., 22: « Qui reges... Rhemorum episcopo laqueorum tendicula injicere... et res ipsius Rhemensis ecclesiae, quae in diversis regnis sitae sunt, a pluribus usurpari coeperunt » (Migne, cxxvi, 201).
2. Flodoard, Hist., III, 26 : « petens ut régi Ludovico suggérât, quatenus pro redemptione animae suae res quae abstractae sunt, ecclesiae Remensi restitui faciat » (SS, xiii, 544).