ABBAYES CÉDÉES.EN BÉNÉFICE PAR LOTHAIRE
de Saint- Vaast n'a plus cessé, aux temps carolingiens, d'être tenue en mains laïques Le monastère de Saint-Mihiel, en faveur duquel Lothaire renouvelait, le 21 Janvier 841, le privilège accordant aux religieux la liberté d'élire l'un d'eux pour abbé, en a perdu le bénéfice sous son règne et eut dès lors un abbé séculier 1. En Italie, où l'empereur attribue des monastères à ceux qui se sont attachés à sa fortune, Robbio est cédé à Wala 2. Comme Ebbon a perdu l'espoir de récupérer
1. On a vu (plus haut, p. 173, n. 2) que Saint-Mihiel, régi encore le 20 janvier 841 par Hadegaud, probablement abbé régulier, élu conformément aux privilèges du monastère, est, à la date du 21 août 843, tenu en bénéfice par le comte Matfroi qui consent à se dessaisir de Vabbatia en faveur des moines de Saint-Denis. Ceux-ci n'entrèrent pas en possession. Le diplôme délivré aux religieux de Saint-Mihiel, le 31 mai 846, parCharles leChauve, ne signale pas l'intervention de l'abbé, circonstance qui donne à penser que la communauté fait ses affaires en dehors d'un recteur qui s'y intéresse médiocrement, comme c'est le cas d'un bénéficier, ou qui peut-être n'est pas en faveur au palais de Charles. En tout cas, le 23 août 858, l'abbaye était aux mains d'Heinard qui est évidemment un abbé séculier, car un diplôme de Lothaire II (Lesort, 15, p. 83) lui donne la qualité de « custos capelle nostrae » : c'est un séculier, un clerc du palais, l'archichapelain du roi (F. Lot, art. cité, n. 3 de la p. 271). Le diplôme de Charles le Chauve du 24 juin 877 confirmant aux moines la mense que leur a constituée Lothaire. stipule des prières en faveur d'Hilduin « venerabilis ohm ipsius loci abbatis » (Lesort, 16, p. 87). M. F. Lot estime qu'il s'agit d'Hilduin, ancien abbé de Saint-Denis, qui pouvait être considéré comme ayant détenu en cette qualité Vabbatia de Saint-Mihiel (art. cité, 273-274). Mais on a vu que Saint-Mihiel ne fut à aucun moment, sous le règne de Louis le Pieux, au temps où Hilduin gouvernait Saint-Denis, une dépendance de ce monastère. Les moines de Saint-Mihiel qui résistent aux prétentions des religieux parisiens, ne pouvaient être invités à prier pour l'ancien abbé de la maison usurpatrice. Hilduin a dû être effectivement abbé de Saint-Mihiel, monastère indépendant. Le comte Matfroi s'était dessaisi en 843 de l'abbaye dont pourtant Saint-Denis n'a pu prendre possession ; c'est sans doute Hilduin, intercesseur au diplôme du 23 octobre, qui l'a recueillie. Sous Lothaire II, l'abbaye est détenue par l'archichapelain Heinard ; sous Lothaire I, elle aurait eu pour abbé l'archichancelier Hilduin qui, frustré du siège de Cologne, pouvait prétendre à des compensations. Rentré en grâce près de Charles le Chauve vers le temps où meurt Lothaire I (Cf. F. Lot, 275), il aurait abandonné le service des rois lorrains et perdu son abbaye de Saint-Mihiel passée alors aux mains d'Heinard. La Hste que donne la chronique de Saint-Mihiel (p. 10) ne prouve pas, comme le pense M. Lot (273, n. 2), qu'Hilduin a gouverné Saint-Mihiel sous Louis le Pieux, entre Smaragdus et Hadegaud, car le chroniqueur qui déclare reproduire les noms des abbés signalés par les precepta regalia qu'il a sous les yeux, place entre Hilduin et Hadegaud, Raoul qui était abbé à la date du 27 nov. 915, (23, p. 107) et ne suit pas par conséquent l'ordre chronologique. Si Hilduin était abbé de Saint- Mihiel en 846, on s'explique que mention n'en soit pas faite en ces temps de disgrâce dans le diplôme de Charles le Chauve. L'abbé de Saint-Mihiel, Hilduin, doit peut-être d'ailleurs être identifié non avec Hilduin, abbé de Saint-Denis, mort avant 862 (Lot, p. 250 et 276), mais avec Hilduin; abbé de Saint-Bertin; qui a passé de la vassalité de Lothaire II à celle de Charles le Chauve, en 866, et qui est mort à Quierzy le 7 juin 877 (Lot, p. 253). Un diplôme de Charles le Chauve délivré aux moines de Saint-Bertin le 20 juin, 14 jours après son trépas (HF, vm, 665), rappelle la fidélité et les services d'Hilduin, que le roi dit lui avoir été cher (cari nostri Hilduini). On s'expliquerait ainsi que le 24 juin, Charles recommande aux prières des moines de Saint-Mihiel ce même personnage, qui se trouverait avoir été leur abbé.
2. Vita Walae, II, 20, S.S, n, 567. Suivant Paschase, il a pris le gouvernement de Bobbio à la prière des religieux, crainte que le monastère ne fût ruiné comme tant d'autres.