NOMBRE CROISSANT DES ABBÉS SÉCULIERS
à savoir à Aldric, évêque du Mans, qui le sert fidèlement L. En 845, Sainte-Geneviève de Paris paraît avoir un abbé séculier 2. Après Ricbodon, c'est le laïque Nithard qui détient Saint-Riquier 3. Vers le même temps, le comte Guérin est préposé par la largesse de Charles au gouvernement de Flavigny *
En 858, tout en excusant son maître, Hincmar reconnaît dans une lettre adressée à Louis le Germanique, que Charles a mis en mains laïques des monastères de chanoines, de moines et de nonnes qui traditionnellement étaient gouvernés par des religieux 5. Le roi germain que, non sans ironie sans doute, Hincmar félicitait d'être venu en Francia pour rétablir l'ordre dans l'Église, distribuait aux grands qui l'avaient appelé, les monastères en même temps que les comtés et les domaines royaux 6 ; l'archevêque de Sens, Ganelon, a été gagné au prix de l'abbaye de Sainte-Colombe de Sens pour lui et de l'évêché d'Évreux pour un parent 7.
Sur l'esprit de Charles le Chauve, quand il eut recouvré son royaume, la leçon des événements ne fut pas celle qu' Hincmar en avait voulu dégager. Le roi dès lors n'hésita plus à contenter à tout prix des fidèles dont la défection eût causé sa ruine. L' évêque de Troyes, Prudence, note en 859 que Charles a distribué à des laïques des monastères jusqu'alors tenus par des clercs 8. C'est en effet vers ce temps que l'abbaye de Saint-Hilaire, précédemment aux mains des évêques de Poitiers, passe pour la première fois en celles d'un comte,
1. : « fideliter Karolo seniori suo adherebat » (p. 158). AVerberie, il a été déclaré que les évêques du Mans, Aldric etFrancon, n'ont jamais occupé l'abbaye qu'à titre de bénéfice [Cart. Saint- Calai s, 21, p. 38).
2. L'auteur des Miracula de la sainte raconte (11, A. S., Janv., 1, 149) qu'en 845, les religieux ayant transféré, crainte des Normands, ses reliques à Draveil, Herbert qui était alors reclor du monastère, s'y rendit pour implorer sa guérison. Cet abbé n'appartient évidemment pas à la communauté.
3. Il est dit de Nithard dans l'épitaphe composée à Saint-Riquier où il fut inhumé : « Nomen rectoris qui modico tenuit » (Poelae lut., ni, 310 ; cf. p. 268).
4. Hugues de Flavigny, Séries abb. Flavin., SS, vin, 502. L'abbé qui précède Guérin est entré en possession de l'abbaye en 845 ; le successeur du comte abbé est mort la 16e année de Charles.
5. Ep. syn. Carisiac, 8 : « Monasteria etiam religiosa atque praecipua canonîcorum et monachorum atque sanctimonialium, quae ab antiquo tempore sub religiosi habitus rectore vel rectrice fuerunt... talibus, sicut scitis, personis commisit » (Cap., 11, 434).
6. Prudence le montre à Ponthion « distribuens invitatoribus suis comitatus, monasteria, villas regias atque proprietates » {Ann. Berlin., 858, p. 51).