SIÈGES SANS ÉVÊQUE
épiscopale. Dans beaucoup d'églises, les fonctions pastorales ne sont plus exercées. Lorsqu'en 743 et 744, Carloman et Pépin réuniront les premiers synodes de réforme, leur pre mier soin sera d'établir dans les cités des évêques 1. Après l'expulsion de Rigobert, la plupart des églises de la province rémoise furent sans pasteurs 2. En ce temps-là, dira Hincmar, les évêchés étaient donnés à des laïques ; il ne subsistait plus qu'un petit nombre d'évêques 3. Le patrice Abbon, rédigeant son testament en 739, s'attend que dans maintes cités de la région du Sud ouest il n'y aura plus d'évêques pour exécuter ses volontés 4. En Burgondie, après que Willichaire, évêque de Vienne, eut fui vers le même temps son église désolée, Lyon et Vienne furent plusieurs années sans évêqnes, des laïques occupant sacrilègement les biens sacrés des églises 5. Sous Charles Martel, le siège de Verdun resta longtemps vacant 6. Il en fut sans doute de même à Metz, à Utrecht, à Rouen 7. Le temporel de l'évêché de Langres fut remis à Rémi, l'un des fils de Charles, soit du vivant du prince, soit après sa mort, mais en un temps où la réforme n'était pas encore entreprise ; c'est seulement quand ce Rémi eut été écarté
1. Karlmanni cap., i, Cap., i, 25 ; Pippini cap. Suession., 3, p. 29.
2. Lettre d'Hadrien à Tilpin : « alii episcopatus de ipsa Remensi diocesi diverso modo essent divisi, et aliqui ex magna parte sine episcopis consistentes » (Le Moyen âge, 1913, P- 349)-
3. :« Episcopis in paucis locis residuis, episcopia laicis donata» [De jure metrop., 20, Migne, cxxvi, 200 ; Vita Rem., SS. merov., m, 251).
4. Pardessus, Diplom., 86, 11, 479. Cf. Brunner, Zur Gesch. des Gefolgswesens, 82.
5. Adonis chron. : « Vastata et dissipata Viennensis et Lugdunensis provincia, aliquot annis sine episcopis utraque ecclesia fuit, laicis sacrilège et barbare res sacras ecclesiarum obtinentibus » (SS, 11, 319). On a vu plus haut, p. 13, n. 5, que l'événement se produit au temps de Chanes Martel.
6. : « Fuit multis diebus episcopatus vacuus» (Gesta episc. Virdun., 12, SS, iv, 43). De Madelvéus qui gouverna après cette vacance l'église de Verdun, il est dit qu'il fut évêque, au temps du roi Pépin jusqu'au temps de Charlemagne (ibid.,p.44) et que son épiscopat commença au temps où Pépin fut sacré par Etienne II (Ann. S. Benigni, SS, v, 38). La vacance ayant duré très longtemps, il est vraisemblable qu'elle commença sous Charles Martel.
7. Cf. Ribbeck (p. 39, n. 68 et n. 6 de la p. 88) qui croit pouvoir établir que le siège fut vacant dans ces églises à la fin du principat de Charles Martel en supputant les données des listes épiscopales. A Metz, Sigibald occupa le siège 25 ans suivant l'une des listes (Duchesne, Fastes episc, m, 49). Or il est cité dans un acte de 708 (Pardessus, Diplom., 471, p. 278). Comme Chrodegand son successeur fut promu en 742, le siège a dû rester vacant durant dix ans au moins. Toutefois l'historien des évêques de Metz, Paul Diacre, qui écrit sous le successeur de Chrodegang, ignore qu'avant cet évêque, le siège soit resté vacant (SS, 11, 268). La même liste qui fournit le chiffre de 25 ans d'épiscopat de Sigibald ne signale pas après sa mort de vacance du siège ; elle rapporte au contraire qu'après l 'épiscopat de Chrodegang le siège resta vacant deux ans et demi et 27 ans après la mort d'Angilram.