‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 25 sur 1164 · INTRUS ET ÉVÊQUES LÉGITIMES · texte numérisé non relu

INTRUS ET ÉVÊQUES LÉGITIMES

que le siège revint à des évêques légitimes *. Parfois peut-être, parmi les grands du pays, personne n'était assez fort pour évincer les autres et retenir l'évêché pour lui seul ; le maire du palais n'attribuait à personne le temporel épiscopal ; la vacance de l'évêché permettait à tous d'en piller les biens. Ainsi en est-il peut-être en Burgondie. Plus souvent, sans doute, le siège est vacant parce que, suivant l'expression de Boniface, il est livré à un laïque. A ses yeux, les sièges qui n'ont pas d'évêque légitime — et ce sont les plus nombreux — , sont aux mains soit d'un laïque, soit d'un clerc vivant comme les laïques. L'historiographe des évêques du Mans, rapportant l'usurpation faite par le comte de l'évêché après la mort d'Herlemond, déclare que l'évêché resta vacant 2. Les évêques qu'établit Pépin en 7 44, ce sont par opposition aux intrus des évêques légitimes.

Parfois peut-être, entente s'est faite entre le laïque ou le clerc indigne à qui est livré l'évêché et l'évêque légitime. A l'un l'administration temporelle, à l'autre la charge pastorale. Tandis que Willichaire de Vienne fuit son église pillée par les laïques, d'autres restent ou sont revenus. Milon, investi de l'évêché de Reims, aurait invité l'évêque exilé Rigobert à reparaître dans la cité. Le pasteur légitime était admis à célébrer dans la cathédrale et vivait dans une villa de l'église que l'intrus lui avait abandonnée 3. Peut-être de 731 à 734,

1. Suivant le Chron. Besuense, le roi Pépin aurait remis à son frère Rémi « res ad episcopatum ecclesiae Lingonensis pertinentes », lequel donna le monastère de Bèze à une certaine Angla « non custodiendum sed dinpièndum. Postquam autem remoto Remigio,episcopatus Lingonensis episcopis légitimas cessit, monasterium ab episcopo receptum est» (Migne,CLXii,87i,).Cf. Ribbeck.42.Le fait rapporté à Pépin de l'attribution des biens de l'évêché à Rémi en des temps où il n'y avait pas à Langres d'évêque légitime, paraît mieux en accord avec la politique de Charles Martel qu'avec les vues qui, après la réforme, dirigent celle de Pépin.

2. : « Cessavit episcopatum... Ipsum episcopatum Rothgarius... et filius ejus... tenebant » (p. 244). La liste épiscopale de Metz emploie la même expression : « cessavit episcopatus » pour signaler la vacance du siège après la mort de Chrodegang et d'Angilram. Suivant le biographe de saint Rigobert, le siège de Reims resta vacant avant son élévation pendant un délai dont il ignore les termes mais qui dura plusieurs années et pendant lesquelles l'église souffrit beaucoup (3, A. S., Janv., 1, 174). La tradition très imprécise a été peut-être imaginée à l'honneur de saint Rigobert. Si elle est exacte, le mal aurait sévi dès le temps de Pépin d'Héristal.

3. Suivant le biographe de saint Rigobert, Milon l'aurait invité à revenir, en lu; promettant de lui rendre l'évêché. Mais il aurait exigé que Rigobert lui cédât en toute propriété les biens de l'église. Sur son refus, Milon 1 évoqua sa promesse. Rigobert obtint seulement qu'on lui laissât l'autel de Notre-Dame. Il vécut à Gernicourt, propriété de l'église et venait souvent célébrer la messe à Notre-Dame de Reims (Vita, 21, A .S., Janv., 1, 178; Flodoard, Hist., Il, 12, SS, xm,46i), Hincmar sait seulement qu'après son expulsion, Rigobert vécut longtemps dans sa propriété sise à peu de distance de la ville et qu'il y souffrit grande indigence (Lettre à Hincmar de Laon, Migne, cxxvi, 516). La tradition rapportée par le biographe est par conséquent peu sûre.

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