Cf. Mabillon, Ann. BcncJ., xlvi, 27, t. III
202 l'instituîion des Menses se propage
Médard de Soissons1, sont en possession d'une mense qui, vraisemblablement, leur a été constituée par ordre du souverain, du jour où l'abbaye fut cédée à des milites. Mais si parfois les rois prennent soin encore d'établir une mense en faveur de réguliers qu'ils soumettent à un bénéficier, cette part est quelquefois aussi réservée sur la seule initiative du recteur ; le monarque se contente de la confirmer 2. L'institution des mertses pénètre, d'ailleurs, dès le temps deLouis le Pieux, dans des monastères de canonici et bientôt elle s'étendra parfois à des établissements où l'abbé est régulier comme les religieux3. La propagation de ces usages est en relation avec l'idée qu'une abbatia est un bénéfice tenu du prince ; mais lés successeurs de Louis le Pieux, qui continuent de sacrifier les abbayes aux intérêts publics, ont perdu le souci de remédier d'office au désordre introduit par là dans les monastères ; la constitution d'une mense conventuelle cesse d'être imposée comme une règle.
La distribution des abbayes en mains séculières et laïques se fait plus large, pour les mêmes causes qui ont fait recommencer la divisio des biens ecclésiastiques et sous ces deux formes se poursuit.au grand dam des églises, leur confiscation en vue des usages publics. En chaque royaume, les ressources du fisc ne suffisent plus à entretenir la milice de ces rois parents et ennemis qui, souvent attaqués par un autre prince de leur maison, ont sans cesse à étouffer une révolte, à repousser l'invasion des Normands, des Sarrasins ou des Slaves. Aussi, d'une part les rois distribuent largement à leurs milites
i. Les moines de Saint-Vaast jouissaient déjà d'une dotation affectée à chaque service monastique quand Charles le Chauve la leur confirma; le 30 oct. 867 (HF, vin, 605). Le rédacteur de la charte qu'auraient délivrée aux moines les évêques du concile de Verberie en avril 869 (Mansi, xv, 786), s'exprime comme si le roi avait le premier constitué une mense aux religieux ; mais cette pièce n'est pas authentique (Cf. F. Lot, Le règne de Charles, 64, n. 16). Vraisemblablement la mense a été établie lorsque l'abbaye fut cédée par Lothaire I à des séculiers. — Nous savons par un diplôme de Charles le Chauve en faveur de Saint-Mihiel (24 juin 877, Lesort, 16, p. 85- 88), que son frère, l'empereur Lothaire, a constitué une mense à la communauté et décidé que cette por-tio qu'il leur a conférée lui-même (per preceptum contulit) ne leur serait jamais retirée, « et a nemine abbatum ipsius loci in beneficium cuilibet detur ». Or on a vu (p. 173, n. 2 et p. iq8, 11. 1) que Saint-Mihiel, gouverné encore le 20 janv. 841 par un abbé régulier librement élu, est le 31 oct. 843 aux mains d'un bénéficier laïque, le comte Matfroi, que l'abbaye est ensuite attribuée probablement à l'archichancelier Hilduin, qu'en 858 elle est détenue par l'archichapelain Heinard. C'est évidemment le passage de V abbatia aux mains d'un recteur séculier qui a provoqué, en compensation, l'établissement d'une mense. conventuelle par Lothaire. ■ — ■ Les moines de Saint-Médard de Soissons rappellent à Charles le Chauve qu'il a concédé à 'eur usage des villae que leur senior, l'abbé séculier Carloman, vient de confisquer (Ep. var., 25, Ep., vi, 180).