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CHAPITRE IX Le conflit du clergé et des laïques

I — Les premières hostilités

Sous Louis le Pieux déjà, l'épiscopat s'est ému du renouvellement des sécularisations dont Pépin d'Aquitaine et Lothaire ont donné le signal. Assemblés à Aix-la-Chapelle en 836, les évêques, on l'a vu, n'osent protester contre l'attribution des monastères à des laïques, mais ils ne se résignent pas à laisser enfreindre le capitulaire impérial qui sauvegardait contre toute spoliation la portion du temporel ecclésiastique jusqu'alors épargnée. D'accord d'ailleurs avec l'empereur, ils rédigent à l'adresse de Pépin une longue lettre qui stigmatise l'attentat commis par lui et par les siens. A grand renfort d'exemples, d'analogies, de textes empruntés à l'Ancien Testament et aux Évangiles, le rédacteur expose combien sont coupables ceux qui osent ravir les biens d'églises.

Cet attentat sacrilège, ce sont les principes du royaume qui le commettent : « Vous pillez ma vigne, a dit Isaïe, et la rapine du pauvre remplit vos demeures. Le prophète s'adresse aux princes des Juifs ; mais le reproche peut être appliqué aussi à nos princes, qui abusent des biens de l'Église et qui se réservent ou distribuent à leurs fils les ressources destinées à nourrir les pauvres » Les principes dont les évêques dénoncent ici l'avidité, ne sont pas les rois mais les grands du royaume 1, ces personnages qui, au palais de Louis le Pieux, osaient dire que tout le temporel superflu des églises doit être attribué aux usages de la milice. Les évêques, en effet, s'attachent à réfuter ces usurpateurs qui estiment équitable et juste l'emploi impie

1. Ep.ad Pippinum, III, 17: «Yosdepastis vineammeam... Manifeste ad principes didtur Judaeorum. Sed et ad nostros principes referri potest, qui... ecclesiae opibus abutuntur in delicias, publicasque stipes quae ad sustentationem pauperum datae sunt, vel sibi réservant vel filiis suis distribuunt » (Conc. Karol., 1, 764)- Ces principes ne sont évidemment ni l'empereur, ni Pépin et Lothaire. Si les évêques visaient ici les souverains, ils les accuseraient de distribuer les biens d'église non pas à leurs fils, mais à leurs fidèles.

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