‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 243 sur 1164 · ASSEMBLÉE D'AIX-LA-CHAPELLE · texte numérisé non relu

ASSEMBLÉE D'AIX-LA-CHAPELLE

qu'ils font des ressources des églises 1> qui se targuent, en les dépensant suivant leurs caprices, de n'être en aucune manière des pécheurs 2.

Par déférence sans doute pour les rois, les évêques chargent exclusivement les grands du royaume. Ils ne s'en prennent pas directement à Pépin qui laisse faire ou qui commande la spoliation et qui aurait pu l'empêcher, puisque, docile à l'avis des évêques et aux ordres paternels, il restitua les biens que la nécessitas repii l'avait d'abord obligé à soustraire aux églises. Mais, au sentiment des évêques, celui qui donne les biens d'église, est coupable comme celui qui les reçoit 3. La responsabilité incombe d'ailleurs aux quémandeurs de biens ecclésiastiques, plus qu'au souverain lui-même.

Dans ce long traité consacré à légitimer le temporel ecclésiastique et à établir combien sont coupables ceux qui le détournent à des usages séculiers, les évêques ne dénoncent pas expressément l'intervention du souverain, mais ne se prêtent ni à excuser, eu égard aux besoins du royaume les sécularisations ordonnées par lui ni même à les distinguer des spoliations dont se rendent coupables les simples particuliers. A leurs yeux, comme à ceux d'Agobard et de Wala, les assignations qu'un roi fait à ses fidèles aux dépens des églises, n'ont pas un autre caractère que les vols sacrilèges qu'ils stigmatisent. Aucune des concessions que l'archevêque de Lyon et l'abbé deCorbie accordaient dans la pratique, n'est formulée dans le document conciliaire. C'est qu'Agobard et Wala parlaient ou écrivaient en un temps où l'empereur, encore obéi, interdisait toute spoliation nouvelle. Leurs avertissements ne s'adressaient qu'aux bénéficiaires de rapines faites sous les prédécesseurs de Louis le Pieux. Ils sentaient qu'on ne pouvait arracher ces biens des mains qui les retenaient en vertu déjà d'une sorte de prescription. En 836 au contraire, les évêques condamnent la spoliation qui recommence et n'ont à garder aucun ménagement vis-à-vis de ceux qui, à nouveau, déchirent le patrimoine des églises.

C'est la première fois, depuis le temps de saint Boniface, qu'une assemblée d'évêques tient un pareil langage. Après le

1. I, 2, 3. Les évêques réfutent les propos de ceux qui «sibi... sacratis rébus auferendis impunitatem inaniter promit tentes... soient dicere : Quid mali... si rébus ecclesiasticis in nostris pro libitu nostro utirnur necessitatibus » (p. 731) ; II, 4 : « qui res ecclesiae aut dant aut accipiunt et in suos usus contra fas rétorquent et hoc sibi rectum justumque videri putant » (748).

2. I, 28 : « jactanter dicit, si ea quae sunt Domino sanctificata abstulerit, hisque ad suum libitum usa fuerit, se nullo modo peccare » (p. 739).

3. II, 4 : « qui res ecclesiae aut dant aut accipiunt » (p. 748).

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