ACCORD DES CLERCS ET DES LAÏQUES
les objets du litige sur lequel on déclare s'être entendu à Coulaines, figure nécessairement la question des biens d'église sécularisés, agitée déjà sous Louis le Pieux, mais rendue plus aiguë par des spoliations nouvelles.
Le roi s'engage de son côté à renoncer, autant que le permet l'humaine fragilité, à toutes les mesures qu'il a prises jusquelà contre l'honnêteté et ses véritables intérêts, par inexpérience du gouvernement, jeunesse, sous l'empire de la nécessité ou trompé par des conseils astucieux. L'abus fait des abbayes et des biens d'église est compris, sans nul doute, parmi ces égarements où l'entraînaient les avis et les sollicitations de ses milites.
Vraisemblablement, l'article premier du capitulaire confirme l'accord conclu à Coulaines par les clercs et les laïques au sujet du temporel ecclésiastique et la résolution prise par le roi de renoncer à des pratiques dommageables aux églises. Charles leur garantit pour l'avenir les droits, honneurs et propriétés dont elles ont joui du vivant de Louis le Pieux. Elles garderont intégralement tous les biens dont le nouveau roi les enrichira 1. Le clergé a obtenu promesse qu'aucune sécularisation nouvelle ne serait plu? entreprise, mais il n'a pas été décidé que les biens spoliés lui seraient rendus. Les nobles n'eussent pas souscrit une convention qui aurait stipulé la restitution des biens qu'ils détenaient. La clause un peu vague qui assure aux églises la condition qui leur était faite sous Louis le Pieux, permet peut-être au clergé d'espérer qu'on lui rendra les biens sécularisés depuis la mort du pieux empereur ; elle ne peut causer aux laïques de sérieuses inquiétudes 2. L'entente du clergé et des laïques, consacrée par un article du véritable pacte 3 conclu à Coulaines entre le roi et l'aristocratie du royaume, repose sur des formules imprécises ou équivoques.
A Coulaines, les ecclésiastiques et les laïques conféraient ensemble en présence de Charles ; leur accord ne reposait que
i. i : « De honore... sanctarum ecclesiarum, quae... sub dicione et tuitione regiminis nostri consistant, communitcr... decernimus ut, sicut tempore... genitoris nostri excultae et honoratae atque rébus ampliatae fuerunt, salva aequitatis ratione, ita permaneant et quae a nostra liberalitate honorantur atque ditantur, de cetero sub integritate sui servent ur » (p. 255).
2. M. F. Lot remarque (p. 97) que les personnages les plus en vue, présents à cetteassemblée,Alard, Vivien et Guérin, sont précisément recteursséculiersd'abbayes, que Ricouin, chargé de porter à Louis le Germanique un exemplaire des articles adoptés à Coulaines, vient de recevoir de Charles en bénéfice Leuilly, propriété de l'église de Reims (cf. plus haut, p. 176, n. 6). Mais il suffit à ces grands qui sont, nantis, qu'on n'exige pas d'eux une restitution.
3. M. F. Lot a bien montré (loc. cit.) le caractère de ce pacte souscrit a la fois par le roi et par les grands.
ASSEMBLÉE DE YOTZ 209
sur des formules trop générales et trop vagues pour entraîner des réformes dont l'effet eût d'ailleurs été réservé à un seul royaume. L'année suivante, en Octobre, l'épiscopat profite de la réunion des trois rois au palais de Yùtz près de Thionville et de l'entente parfaite qui semble régner entre eux, pour leur présenter ses doléances au sujet des abus qui désolent semblablement les églises de tous les royaumes. Les évêques ont d'abord délibéré en particulier sous la présidence de Drogon de Metz. Les propositions qu'ils ont rédigées, sont portées ensuite par eux devant l'assemblée des rois et de leurs fidèles 1, Le premier grief des évêques, c'est la prolongation abusive ' de la vacance des sièges. Les rois s'abstiennent volontiers d'y pourvoir, parce qu'ils retiennent ainsi l'évêché en leurs mains. Ils profitent de cette mainmise sur l'administration du patrimoine de l'église pour le soumettre à une divisio, en distribuer les propriétés à titre de bénéfice à leurs fidèles. Ainsi a procédé Charles aux dépens de l'évêché vacant de Reims. A Yùtz, l'épiscopat affecte d'attribuer ces longues vacances à la discorde qui sévissait jusqu'alors entre les rois. Si le siège de Reims reste si longtemps sans titulaire après la déposition d'Ebbon, la rivalité de Lothaire et de Charles n'y est probablement pas étrangère ; l'empereur refuse d'admettre qu'Ebbon soit légitimement déchu2. L'assemblée qui n'entend sans doute pas prendre parti entre les rois, demande ou bien que les sièges vacants soient pourvus, ou bien que les évêques expulsés soient rendus à leur église. On ne conteste aucunement
i. ;-« Secuntur capitula, quae actasuntiu sinodo... jcuisynodo Drogo Mettensis episcopus praesedit consensu eorumdem regum ; quae et ipsi principes ante se fidelesque eorum relecta capitula adprobaverunt et se eadem servaturos... promiserunt » (Cap., n, 112). Ce titre signale d'abord le synodus présidé par Drogon, au cours duquel les capitula sont rédigés (acta). Puis les princes font relire ces capitula devant eux et leurs fidèles, et cette fois, il s'agit de l'assemblée générale qui réunit autour des rois les grands laïques et ecclésiastiques. Une assemblée purement ecclésiastique précède donc le placitum générale. Pour arrêter le texte des articles présentés par eux à l'assemblée générale, il faut bien que les évêques se réunissent et se concertent. L'épiscopat n'était sans doute pas unanimement disposé à reconnaître le primatus que Lothaire venait de faire décerner à Drogon par le pape Sergius ; c'est le consentement des rois qui lui a fait attribuer la présidence. Au plaid, Drogon ne joue plus le même rôle prépondérant. Ce sont les princes qui président et font donner lecture des capitula préparés par les évêques. M. Lot (op. cit. p. 124, n. 2) estime à tort, croyons-nous, qu'il faut entendre par synodus l'assemblée générale. Un synodus generalis des évêques a été tenu à Yiitz, avant le plaid qui réunit tous les grands, comme à Ver, trois mois plus tard, un synode particulier au royaume de Charles précéda l'assemblée de tous ses fidèles.
2. Cette même année, Ebbon de Reims et Barthélémy de Narbonne, déposés tous deux après le rétablissement de Louis le Pieux, sont allés prier le pape Sergius de les remettre en possession de leur siège ; leur démarche était évidemment appuyée par l'empereur. Cf. notre article, Hincmar et l'emp. Lothaire, dans la R. des Quest. hist., 1905, lxxviii, 5.