‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 247 sur 1164 · LES SÉCULARISATIONS DÉNONCÉES A YOTZ · texte numérisé non relu

LES SÉCULARISATIONS DÉNONCÉES A YOTZ

troublé l'ordre ecclésiastique, l'observance canoniale ou monastique et dont les ravages avaient été réparés par des rois pieux et animés du zèle de Dieu, les évêques l'ont vu ressusciter sous le gouvernement des rois actuels x : « Princes très chrétiens, songez à votre salut présent et éternel, souvenezvous de la libéralité de vos prédécesseurs envers les églises, qui leur a mérité un règne heureux et la victoire sur leurs ennemis ; empressez-vous de recoudre la tunique du Christ déchirée de votre temps. Ces églises, dont la protection vous est confiée, n'essayez plus de les frustrer, soit en leur faisant violence, soit en confirmant à leur détriment des préceptes illicites 2. Rétablissez-les en l'état où elles étaient, lorsque votre père et votre aïeul vous en ont* laissé le gouvernement ; conservez et confirmez leurs diplômes de privilège ; ne vous détournez pas de la face de Dieu par crainte des visages irrités des hommes, car si vous leur déplaisez un instant, vous aurez l'agrément du Seigneur 3 ».

Les évêques opposent au traitement infligé sous leurs yeux aux biens d'église les dispositions réparatrices précédemment arrêtées par Pépin et Carloman, les engagements pris par Louis le Pieux et que tout le monde prête à Charlemagne. Le fléau des sécularisations arrêté par ces pieux monarques, s'est déchaîné de nouveau. Les rois dépouillent les églises non par impiété mais par faiblesse, à l'effet de satisfaire aux exigences de leurs serviteurs, dont il faudra braver la colère pour faire justice au clergé. Les évêques qui ont délibéré séparément et qui, sans négocier avec l'aristocratie laïque, portent directement aux rois leurs doléances, font plus facilement fi du mécontentement des grands et prêchent aux souverains la résistance.

A Ytitz pourtant, comme àCoulaines, les évêques ont égard à des nécessités dont déjà, sous Louis le Pieux, les défenseurs des droits du clergé n'avaient pu nier la force impérieuse. L'épiscopat reconnaît que les besoins du royaume réclament des sacrifices de la part des églises, que les rois ne sauraient évincer leurs serviteurs déjà nantis et qu'aucune réforme n'est possible si elle n'est acceptée par l'aristocratie laïque.

i. Texte cité plus haut, p. 80, 11. 1.

2. 4 : « nec violenta ablatione nec inlicitorum preceptorum confirmatione res ab ecclesiis vobis ad tuendum commissis auferre temptate » (p. 115). Nous examinerons dans la seconde partie de ce travail (fasc. 2. chap. IX, § m) ce qu'il faut entendre par la confirmation des préceptes illicites.

3. : « Nec contra Dei faciem iratas hominum faciès consideretis : quia, si ad tempus illis displicueritis, cum vos Deo placebitis » (loc. cit.). Les évêques s'inspirent du versel d'Ézéchiel, II, 6 : « et vultus eorum ne formides »

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