SUCCÈS DES ÉVÊQUES A YUTZ
tuaires particulièrement vénérables, mais on en veut préserver toutes les communautés de stricte observance. Dans toutes ces maisons, l'autorité royale établira ceux qui doivent y tenir, suivant la règle, la place même du Christ et elle soumettra les abbés à la surveillance non pas de l'évêque, mais de provisores du même ordre 1. Les évêques n'en appellent pas au règlement de Louis le Pieux, sans doute oublié déjà, qui accordait à un certain nombre de communautés régulières la liberté d'élire un abbé de même profession choisi dans leur sein. D'une part, ils veulent assurer à toutes un prélat régulier ; d'autre part, ils n'insistent en faveur des libertés électorales d'aucune d'elles. C'est le roi qui instituera les abbés réguliers, comme il désigne les évêques.
Ainsi le synode de Yutz, en rappelant les rois au respect de la discipline, prend souci de leurs intérêts et de ceux de l'aristocratie laïque qui faisaient obstacle à la réforme 2. Aussi, sur les deux points essentiels touchés par l'épiscopat, les souverains s'engagèrent à lui donner satisfaction. A Yûtz, déclare l'évêque de Troyes, Prudence, présent sans doute à l'assemblée, les rois ont promis de remédier à l'état des églises qui, en raison des nécessités pressantes, ont été honteusement dépouillées de leurs biens, abandonnées à des personnes indignes, c'est-àdire à des laïques 3. Dans l'assemblée générale des grands, les trois princes firent lire, en leur présence et devant tous leurs fidèles, les capitula préparés par les évêques en synode et présentés par eux aux souverains ; ils les approuvèrent et promirent de les observer avec le secours du Seigneur 4.
Encouragés par l'heureuse issue de l'assemblée de Yùtz, les évêques du royaume de Charles se concertèrent sans doute avant de se séparer, en vue d'une démarche nouvelle auprès
i. 5 : « Per loca etiam monastica ejusdem ordinis provisores necesse erit disponere, cum vestra auctoritas eos qui vices Christi seeundum regulam divinitus dictatam in monasteriis agant, studuerit ordinare » (p. 116) : cf. 3, p. 114.
2. M. Lot remarque (p. 125) <• que sous une apparence grandiloquente, hautaine même, les évêques se montraient très prudents, très opportunistes ». Il est évident que l'épiscopat fait des concessions, eu égard aux nécessités politiques ; l'aveuglement que reproche M. Lot à ces prélats, à propos du synode de Coulaines, ne les empêchait donc pas de voir clair.
3. Ann. Berlin., 844: « statum ecclesiarum, imminentibus necessitatibus foedissime rébus dilaceratum ac personis minus congruis, id est laicis, vulgo contraditum (reges) redintegraturos sese promittunt » (p. 31-32).
4. Voir plus haut, p. 200, n. 1. A Meaux, les évêques se réfèrent à l'écrit "in generali synodo apud Teodonis villam generaliter actum et generali contestatione prolatum » (Cap., 11, 396). Cette publication, faite en présence de tant de témoins, c'est l'adhésion donnée par les trois rois et leurs fidèles. Les capitula ainsi solennellement promulgués à Yiitz, sont mis par le rédacteur des actes du concile de Meaux en opposition avec les canons du concile de Ver, qui n'ont pas été portés aux oreilles du roi et du peuple (loc. cit.).